Appel à contributions no 147 (Printemps 2018)

Appel à contributions no 147 (Printemps 2018)

Le travail social dans tous ses états?
 
À la suite des transformations sociales, économiques et politiques qui ont eu cours depuis la fin des années 1980, le travail social semble semble être à une croisée des chemins. À ce titre, les réformes successives du réseau de la santé et des services sociaux entreprises depuis les années 1990 ont considérablement modifié les frontières du travail social, et elles ont eu un impact majeur sur le rôle et l’identité des travailleurs sociaux (Grenier, Bourque et St-Amour, 2014; Fortin, 2003). À titre d’exemple, les services sociaux ont été réorganisés par programmes et spécialités, sur la base du paradigme biomédical et des catégories diagnostiques du DSM mais également sur la base d’importantes coupures budgétaires. Il s’ensuit une surestimation des composantes psychologiques des problèmes sociaux, qui non seulement touche le travail social mais également une multitude de systèmes professionnels (Le Poultier, 1986 : 81). Aujourd’hui, « la valorisation de l’individu et de sa volonté » (Aballéa, 1996 : 6) font en sorte que les intervenants psychosociaux sont obligés d’emboîter le pas organisationnel et financier en accordant une place importante aux déterminants psychologiques des individus et considèrent de moins en moins le « poids des déterminismes socioéconomiques » (ibid.) dans l’interprétation des problématiques et la mise en place des pratiques d’intervention (Ion, 2010; Molgat, 2007). 
 
Mentionnons également l’adoption, par les gouvernements tant provinciaux que fédéral, du paradigme de la nouvelle gestion publique qui remet en cause certaines pratiques des travailleurs sociaux. Par exemple, l’encadrement professionnel (supervision, débriefing), le mandat clinique et la mission psychosociale – soit « les dimensions familiales et sociales dans les problématiques de santé » (Stephensen, Rondeau, Michaud et al., 2000 : 174) et la prévention – ont été peu à peu mis de côté « au profit de la prescription d’activités instrumentales (courtier en ressources) (ibid.).
 
Rappelons que le secteur communautaire n’a pas été épargné par ces transformations. Ainsi, de nombreux groupes communautaires ont dû aligner leurs objectifs, missions et valeurs sur celles des bailleurs de fonds (Stephenson et al., 2000) avec pour conséquence la transformation progressive de ces organisations en succursales des services (Corin, Poriel et Rodriguez, 2011). À cela s’ajoute une transformation des publics cibles des travailleurs sociaux (Castel, 2009) ainsi qu’une complexification des problématiques vécues.  
 
Ces bouleversements brouillent les cadres d’action et les systèmes de référence des travailleurs sociaux, entrainant alors un « essoufflement et […] une situation de survivance » (Pelchat, Malenfant et Côté, 2005). De même, le contexte idéologique, social, politique, économique et juridique actuel influence directement le positionnement du travail social, ainsi que les rôles qu’il joue (Rogowski, 2010). Comme ce contexte est en mutation, le travail social est lui aussi en repositionnement (Castel, 1998). Face à cette réalité mouvante, la revue Intervention sollicite des articles afin de poser un regard critique sur la situation actuelle.
 
En outre, plusieurs questions sous-tendent cet appel à contributions : quels sont les nouveaux défis que posent la pratique en GMF et la disparition des services généraux en CLSC? Comment définir le travail social et quel est son rôle dans un contexte de coupes budgétaires (une solution band-aid?) Avec l’adoption de la loi 21, qu’est-ce qui définit la relation d’aide en travail social, et comment peut-on se réapproprier l’exercice profesionnel dans une réorganisation des services de santé et sociaux aussi instable? Quelle est l’influence de l’alliance public/privé et communautaire sur les pratiques?  
 
La revue Intervention sollicite également des articles qui proposent des avenues à explorer pour faire face à ce contexte : comment se développe le travail social à travers les multiples réorganisations du réseau de la santé et des services sociaux? Comment la situation actuelle peut-elle engendrer un renouveau pour le travail social? Quels leviers d’intervention sociopolitique ou juridique privilégier? Quels mouvements sociaux ou sentiers militants emprunter pour changer la donne? Comment consolider le travail social et l’agir des travailleurs sociaux en regard des transformations contemporaines? Comment penser des voies d’intervention novatrices qui permettent de construire, par des moyens concrets, un monde plus viable, plus égalitaire, plus humain?
 
Nous attendons avec intérêt vos contributions.
 
Pour le comité éditorial de la revue Intervention,
Claude Lavoie
 
Date limite de réception souhaitée pour soumettre un article : 15 octobre 2017
 
Pour de plus amples informations, vous pouvez communiquer avec :
Sarah Boucher-Guèvremont, T.S, Rédactrice en chef
Téléphone : 514-731-3925, poste 251
 
 
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Références :

Aballéa, F. (1996). « Crise du travail social, malaise des travailleurs sociaux », Recherches et prévention, vol. 44, no 1, 11-22.
Aballéa, F., De Riddier, G. et C. Gadéa (2000). « Procès en reconnaissance et concurrences professionnelles », dans J.-N. Chopart (sous la dir.), Les mutations du travail social. Dynamiques d’un champs professionnel, Paris : Dunod.
Castel, R. (1998). « Du travail social à la gestion sociale du non-travail », Revue Esprit, vol. 241, no 3-4, 28-47.
Castel, R. (2009). La montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris : Seuil.
Corin, E., Poirel. M.-L. et L. Rodriguez (2011). Le mouvement de l'être. Paramètres pour une approche alternative du traitement en santé mentale, Montréal : PUQ.
Fortin, P. (2003). « L’identité professionnelle des travailleurs sociaux » : 85-104, dans G.-A. Legault, Crise d’identité professionnelle et professionnalisme, Sainte-Foy : PUQ.
Grenier, J., Bourque, M. et N. St-Amour (2014). L’évolution des services sociaux du réseau de la santé et des services sociaux du Québec. La NGP ou le démantèlement progressif des services sociaux, Montréal, Comité des services sociaux de la Coalition Solidarité Santé.
Ion, J. (2010). « La professionnalité éducative à l’épreuve de l’individuation » : 107-116, dans J.-P. Kervala, Vilbrod, A. et N. Conq, Le métier d’éducateur spécialisé à la croisée des chemins, Paris : L’Harmattan.
Le Poultier, F. (1986). Travail social, inadaptation sociale et processus cognitifs, Vanves, Centre technique national d’études et de recherches sur les handicaps et les inadaptations.
Molgat, M. (2007). « Définir le travail social » : 19-40, dans J.-P. Deslauriers et Y. Hurtubise, Introduction au travail social (2e édition), Québec : PUL.
Pelchat, Y., Malenfant, R., Côté N. et J. Bradette (2005). « Les intervenants sociaux en CLSC : regards sur leurs stratégies identitaires », Intervention, no 122, 122-129.
Robitaille, D. (1999). « Organisation des soins par cliniques psychiatriques spécialisées ou par cliniques de psychiatrie générale? Un débat entre Louis Guérette et Jean-Pierre Rodriguez », Santé mentale au Québec, vol. 24, no 2, 159-181.
Rogowski, S. (2010). Social work : the rise and fall of a profession?, Bristol : Policy Press.
Stephensen, M., Rondeau, G., Michaud, J.-C. et S. Fiddler (2000). Le travail social au Canada : une profession essentielle. Volume 1, Ottawa, Développement des ressources humaines du Canada.