Pauvreté et problèmes sociaux

Pauvreté et problèmes sociaux

Par
Jocelyn Vinet et Danielle Filion, en collaboration avec Lucie Dumais et Louis Gaudreault.
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Préface de Camil Bouchard. Fides Education, 2015, 254 p.

Résumé et commenté par
Ginette Rousseau, Professeure, Techniques de travail social, Cégep du Vieux Montréal

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Un outil précieux pour mieux comprendre la complexité entourant le phénomène de la pauvreté

Conditions de vie, inégalités sociales en santé et en éducation, santé mentale, criminalité, violence, enfance, parentalité, itinérance, mesures sociales et fiscales… voilà les thèmes abordés dans le livre Pauvreté et problèmes sociaux. Cet ouvrage apporte un éclairage fort utile sur ce phénomène multidimensionnel et difficile à saisir dans toutes ses nuances.

En effet, arrive-t-on à vraiment déceler tous les impacts de la pauvreté sur les trajectoires de vie des personnes, des familles et des communautés ? D’ailleurs, comme enseignante en milieu collégial au programme de Techniques de travail social, je réalise le défi de taille que cela représente pour les étudiants et jeunes adultes désireux d’aider les nombreuses personnes qui subissent la pauvreté au quotidien, surtout pour ceux qui sont issus d’un milieu plus favorisé et sont restés, heureusement d’ailleurs, à l’abri de la pauvreté. Comment faire contrepoids au discours ambiant qui colporte beaucoup d’incompréhension et de préjugés en proposant plutôt une approche qui explique avec justesse et sensibilité au lieu de juger et condamner ?

Ce livre permet justement d’approfondir notre compréhension de la problématique de la pauvreté dans ses dimensions économique, sociale, politique et culturelle, de mieux la mesurer, d’en cerner les impacts sur les déterminants sociaux de la santé, d’en analyser les causes et les nombreuses conséquences sur la santé physique et mentale des personnes. Un nouveau regard est nécessaire et chaque intervenant a un rôle à jouer. L’ouvrage remet en question les idées préconçues, interroge nos façons de faire et questionne nos jugements. Par exemple, dans le chapitre « Santé mentale et pauvreté », le Dr David Barbeau, qui est médecin généraliste au CSSS Jeanne-Mance au centre-ville de Montréal et dont la majorité des patients vivent dans une très grande pauvreté, nous interpelle :

« Avec les problématiques de santé mentale, la communication est plus difficile, il faut prendre son temps, voir les patients plus souvent mais avoir des rencontres plus courtes. Il faut beaucoup expliquer, vulgariser. Il est important également de tenir compte des ressources pécuniaires et leur suggérer des moyens à leur portée… les situations finissent par être plus difficiles à maitriser, d’où l’importance du travail d’équipe multidisciplinaire. » Le Dr Barbeau déplore les catégories de prestations à l’aide sociale et souhaite une formule de revenu minimum garanti. Un point de vue similaire à celui de ce médecin de Toronto, le Dr Bloch, qui prône des investissements plus importants pour améliorer la santé des personnes pauvres.

Un autre exemple de cette invitation à comprendre la pauvreté autrement : au chapitre 3 du livre, qui porte sur les inégalités en santé, on décrit la détérioration du caractère public, gratuit et universel du système de santé, à l’avantage d’un système privé parallèle, déterminé par la capacité de payer du patient. L’accès aux soins dentaires, aux soins oculaires ou à la psychothérapie devient en effet de plus en plus limité pour certains groupes sociaux plus démunis. S’ajoute la pratique des frais accessoires (formulaires, prises de sang, injections, médicaments, etc.) qui crée encore plus d’inégalités.

Cet ouvrage se veut un outil de vulgarisation généraliste et accessible sur la pauvreté. On y retrouve dans les chapitres 1, 2, et 9 des repères pour mieux saisir cette problématique sociale comment la définir et saisir son ampleur et son évolution dans le contexte socioéconomique ? Quels en sont les impacts dans les diverses dimensions de la vie quotidienne et dans la réponse aux besoins de subsistance ? Pourquoi la pauvreté persiste-t-elle dans une société riche et moderne comme la nôtre ? Quelles sont les principales mesures sociales visant à en atténuer les effets ?

Pour mieux comprendre les répercussions déterminantes de la pauvreté sur les trajectoires de vie, les chapitres 3 et 4 portent sur les inégalités en santé et en éducation, en établissant l’incidence de la pauvreté sur la santé, la qualité de vie et la réussite scolaire. Les chapitres 5, 6, 7 et 8 traitent de l’interface entre la pauvreté et plusieurs problèmes sociaux, des thèmes qui s’entrecoupent souvent dans le domaine de l’intervention sociale. Le dernier chapitre du volume propose des avenues structurantes pour lutter contre la pauvreté : sécurité alimentaire, habitation communautaire, employabilité, pressions sociales.

Chaque chapitre se termine par un précieux complément d’information fourni par des experts (chercheurs, médecins, travailleurs sociaux, militants, journalistes, professeurs, éducateurs spécialisés) issus de divers milieux (communautaires, écoles, CSSS, organismes en immigration, milieu carcéral, défense de droits, université, intégration des personnes handicapées) qui connaissent bien les effets de la pauvreté. Non seulement ces derniers expriment beaucoup de compassion, mais ils reconnaissent également les forces et le courage des personnes qui survivent dans la pauvreté.

On retrouve aussi à la fin du livre un éventail d’outils de références utiles commenté, visant à alimenter la pratique individuelle, de groupe ou familiale, ou portant sur des enjeux collectifs qui se posent dans des communautés fragilisées par les nombreuses mesures d’austérité imposées par l’actuel gouvernement. On parle ici de livres, de films documentaires, de recherches-action, de recherches progressistes et de sites internet qui décrivent bien le matériel disponible sur le sujet, dont des outils d’animation et d’éducation populaire accessibles et bien conçus.

Le livre Pauvreté et problèmes sociaux constitue un outil riche pour repenser les pratiques actuelles dans un souci constant d’amélioration (qu’il s’agisse des activités dans les milieux communautaires ou des programmes dans les écoles et dans les CIUSSS), ainsi que pour développer des collaborations étroites avec tous les acteurs concernés par la pauvreté, et particulièrement avec les personnes et les familles touchées.

En espérant que nos regards, nos mots, nos gestes et nos actions soient porteurs d’espoir pour et avec les personnes en situation de pauvreté, et que l’avenir soit meilleur pour nos collectivités !