Une perspective écosystémique sur l’expérience de jeunes pères : du test de grossesse à la première bougie

Une perspective écosystémique sur l’expérience de jeunes pères : du test de grossesse à la première bougie

Par
Jean-Martin Deslauriers, T.S., Ph.D.
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Professeur, École de service social, Université d'Ottawa
jean-martin.deslauriers@uottawa.ca

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RÉSUMÉ :

Cette recherche exploratoire a pour but d’établir un portrait des jeunes hommes ayant un enfant avec une mère de moins de 20 ans et de documenter leur expérience, depuis l’annonce de la grossesse jusqu’à ce que leur enfant soit âgé d’un an. Malgré des réactions mitigées à l’annonce de la grossesse, une fois sa poursuite confirmée, ils sont généralement déterminés à assumer les responsabilités liées au rôle de père : leur revenu augmente considérablement et ils souhaitent emménager avec leur compagne. Ils s’acquittent de leur rôle malgré des conditions défavorables telles que leur jeune âge, leur faible scolarité et le peu de temps dont ils ont bénéficié pour établir une relation avec la mère de leur enfant. Malgré leur jeunesse, la diminution de leur liberté et le niveau de responsabilités liées à leur nouveau rôle, ils se préoccupent du bien-être de l’enfant à venir dès la grossesse, puis durant sa première année de vie. Les facteurs qui influencent cet engagement sont présentés selon une perspective écosystémique, de même que des pistes d’intervention prometteuses.

MOTS-CLÉS :

Approche écosystémique, jeune père, facteurs d’engagement, services, paternité précoce, grossesse, jeunes parents

INTRODUCTION

La paternité précoce chez les jeunes hommes est un sujet qui retient de plus en plus l’attention des chercheurs et des décideurs en matière de politiques sociales, alors que l’âge moyen des parents lors de la naissance de leur premier enfant augmente chaque année. Toutefois, même sur le plan des statistiques, le sujet est peu documenté. Par exemple, le nombre de jeunes pères est difficile à déterminer dans la mesure où les données sont compilées à partir du taux de fécondité des mères de moins de vingt ans. De plus, même si 85 % déclarent leur paternité, il est difficile de recueillir des données sur l’ensemble, car pour 15 % des naissances chez les jeunes mères de moins de 20 ans, l’enfant est déclaré de père inconnu (Institut de la statistique du Québec, 2001). Par ailleurs, même s’ils sont reconnus, les jeunes pères sont difficiles à dénombrer, car leur âge n’est pas répertorié.

Les recherches sur le sujet mettent surtout en lumière les aspects liés à la vulnérabilité de ces jeunes pères, tout comme chez les jeunes mères, tant sur le plan psychosocial et familial que socioéconomique (Devault, Denis, Lacharité et al., 2012). Sur le plan socioéconomique, les jeunes pères sont surreprésentés parmi la population pauvre et sous-scolarisée (Mollborn et Jacobs, 2015) et comptent souvent parmi les décrocheurs scolaires (Ouellet, Milcent et Devault, 2006). Les jeunes pères ont plus souvent déjà délaissé l’école au moment de l’annonce de la grossesse, et non pour tenter de répondre aux besoins de leur enfant (Negura et Deslauriers, 2010). Par ailleurs, en raison de leur jeune âge, il est plus difficile pour ces pères d’assumer adéquatement le rôle de soutien économique, social et psychologique nécessaire à un enfant (Futris, Olmstead, Pasley et al., 2012). Concernant la famille qu’ils sont appelés à fonder, la désunion guette la plupart des couples de moins de 20 ans. À la différence des jeunes mères, plusieurs jeunes pères ne vivent pas avec leur enfant et ne le supporteront pas financièrement (Goldberg, Tan, Davis et al., 2013). Également, les jeunes pères ont plus souvent connu des milieux de vie difficiles (Neault, Mullany, Powers et al., 2012); ils ont subi plus souvent des abus durant leur enfance, ont été témoins de violence conjugale (Anda, Felitti, Chapman et al., 2001) et ont souffert de l’absence de leur père ou de rapports conflictuels avec celui-ci (Allen et Doherty, 1998). Et, comme ils ont connu des milieux familiaux défavorables, les jeunes pères sont moins en mesure de bénéficier d’un encadrement, d’encouragements et de ressources matérielles de la part de leurs parents (Schrag et Schmidt-Tieszen, 2014).

Enfin, sur le plan psychosocial, les jeunes pères auraient davantage une faible estime d’eux-mêmes (Neault, Mullany, Powers et al., 2012) et démontreraient peu d’aptitudes à prévoir les conséquences de leurs gestes, tout en ayant un faible contrôle d’eux-mêmes (Dudley et Stone, 2001). Par ailleurs, les enfants nés de jeunes parents sont surreprésentés parmi les signalements aux instances responsables de la protection de la jeunesse (ministère de la Santé et des Services sociaux, 2004).

Cependant, malgré ces facteurs défavorables, la capacité des jeunes pères à prendre en charge un enfant ainsi que leur engagement parental ne doivent pas uniquement être étudiés à partir de caractéristiques individuelles. En effet, plusieurs facteurs sont à prendre en considération lorsque l’on souhaite comprendre l’engagement paternel des jeunes pères. En ce sens, le rôle de la famille d’origine et le soutien offert (Saleh et Hilton, 2011; Williams, Mance, Caldwell et al., 2012) ainsi que la relation avec la mère de l’enfant sont des facteurs qui ont une influence importante sur leur engagement. Le soutien financier, les politiques sociales ainsi que les services offerts sont également des facteurs déterminants. À ce titre, un soutien financier pour les soins du bébé peut augmenter les chances que le jeune père poursuive ses études ou puisse travailler (Brown, Callahan, Strega et al., 2009).

Malgré la présence de facteurs de vulnérabilité, il est pertinent de porter une attention particulière au sens que donnent les jeunes pères à leur expérience. Cet aspect agirait comme un contrepoids aux difficultés rencontrées (Deslauriers, 2011; Landers, Mitchell et Coates, 2015). Ils afficheraient une volonté et le désir de se réaliser, d’améliorer leur vie afin de bien exercer leur rôle parental et « d’être là » pour leur enfant (Shade, Kools, Pinderhugues et al., 2013). Notamment, pour certains, le désengagement qu’ils ont observé chez leur propre père peut constituer une source de motivation à faire différemment et à s’engager (Tuffin, Rouch et Frewin, 2010; Wilkes, Mannix et Jackson, 2012). La venue d’un enfant constituerait une motivation à modifier leur mode de vie, voire à s’éloigner d’une trajectoire de délinquance (Futris, Olmstead, Pasley et al., 2012).

L’objectif de cet article est d’offrir une perspective globale sur la question, tout en identifiant les facteurs qui semblent les plus déterminants dans l’exercice de leur engagement paternel. Pour comprendre l’importance de nombreux facteurs pouvant jouer un rôle dans l’engagement des jeunes pères, nous avons réalisé des entrevues auprès de 30 d’entre eux, de l’annonce de la grossesse jusqu’au premier anniversaire de leur enfant. De plus, nous souhaitons que cette recherche génère des retombées pour l’intervention en proposant des pratiques prometteuses sur le plan de l’organisation des services et des suivis psychosociaux auprès de cette population.

Pour explorer le sujet selon une perspective globale, nous aurons recours au modèle écosystémique dans la présentation des résultats recueillis. Ce modèle guidera aussi notre analyse, de même que la formulation de stratégies d’intervention qui pourraient répondre aux besoins qui émergent de cette recherche.

1. Une perspective écosystémique pour étudier les facteurs liés à l’engagement paternel chez les jeunes pères

Le modèle écosystémique, ou écologique (Bronfenbrenner, 1979), repris par Bouchard (1987), propose une analyse globale des problématiques en considérant les caractéristiques individuelles (ontosystème), ainsi que les lieux où la personne vit quotidiennement et construit ses rapports sociaux (microsystèmes). Puis on relève le régime politique, le système économique, les institutions sociales et culturelles (exosytème) ainsi que les valeurs et les normes sociales (macrosystème).

Dans le cadre de notre recherche, la pertinence du modèle écosystémique tient au fait qu’il permet de rendre compte de l’influence de plusieurs dimensions sur l’engagement paternel des jeunes hommes, ainsi que de l’interinfluence des systèmes. On évite ainsi un important écueil, soit la tentative d’expliquer le phénomène à partir de facteurs restreints, tels que leurs caractéristiques personnelles. D’un coup d’œil, on bénéficie d’un aperçu des influences sur leur engagement, allant des facteurs globaux (normes, valeurs sociales) aux facteurs individuels, en passant par différentes dimensions de leur environnement (pairs, famille d’origine, milieu de vie, marché du travail). Enfin, le modèle illustre bien les interactions entre les systèmes.

2. Méthodologie

Le recrutement de jeunes pères est un défi de taille dans la réalisation de recherches. Afin de remédier à ces difficultés, nous sommes passés par l’intermédiaire des jeunes mères. Ainsi, pendant une année et demie, les futurs pères ont été rejoints de façon systématique dès qu’une jeune mère s’inscrivait au programme SIPPE (Services Intégrés en Périnatalité et Petite Enfance) dans un secteur de la ville de Gatineau. Après cette prise de contact initiale, les jeunes pères étaient invités à participer à des activités sportives et des « soirées pizza ». Ces activités avaient un double objectif. D’une part, elles visaient à sensibiliser les futurs pères à participer aux rencontres prénatales. Un travailleur social était alors sur place pour les accueillir tout en se montrant disponible pour répondre à leurs questions ou à leurs inquiétudes. D’autre part, l’objectif de ces rencontres était de présenter la recherche.

Cette démarche a permis de recruter au total 30 futurs jeunes pères. Cependant, malgré les efforts de recrutement, 25 % des partenaires des jeunes mères n’ont pu être joints. Dans certains cas, ils ont refusé notre invitation et dans d’autres, les jeunes mères estimaient préférable de ne pas révéler leur identité.

Nous avons réalisé des entrevues semi-dirigées afin de recueillir leurs perceptions et expériences vécues en lien avec la paternité. Par ailleurs, les entrevues ont été menées en deux temps. Nous avons d’abord rencontré les jeunes pères peu de temps après la naissance pour ensuite les rencontrer alors que leur enfant atteignait l’âge d’un an.

Ce nombre a permis d’atteindre un niveau de saturation en constatant que de nouveaux récits n’ajoutaient pas de nouvelles informations susceptibles de modifier les conclusions générales issues des témoignages déjà recueillis. Sans que les données soient généralisables à l’ensemble des jeunes pères, nous pouvons affirmer qu’elles offrent un haut niveau de représentativité de cette population.

Ce devis longitudinal avait pour objectif de comprendre comment la situation et les perceptions avaient évolué. L’analyse des données a débuté par une lecture flottante des entrevues afin d’identifier les principaux thèmes et sous-thèmes qui en émergeaient. Une constellation de sujets a émergé, dont la relation avec la mère de leur enfant, leurs rapports avec leurs parents et ceux de la mère de leur enfant, leur soutien économique, leurs perceptions des services, leur réseau social, leurs rapports au marché du travail, leur situation socioéconomique, leurs aspirations et bien d’autres. Par la suite, à l’aide du logiciel NVIVO, les extraits d’entrevues ont été regroupés par catégories.

3. La parole aux jeunes pères

L’analyse des entrevues a permis de mettre en lumière l’importance de nombreux facteurs pouvant jouer un rôle dans l’engagement des jeunes pères. Cependant, pour les besoins du présent article, nous nous limiterons aux facteurs les plus cruciaux partagés par la plupart des répondants. Avant d’aborder ces éléments spécifiques, nous présenterons d’abord un portrait de l’échantillon et un survol de la question de l’acceptation de la grossesse. Par la suite, nous traiterons de la relation avec la jeune mère comme facteur déterminant, que les jeunes parents soient en couple ou non. La relation père-enfant est un autre élément décisif dans le processus d’engagement paternel de ces jeunes hommes. Également, les relations des jeunes hommes avec leurs parents et ceux de leur compagne sont très importantes. Enfin, leur situation socioéconomique fait partie des aspects cruciaux fréquemment rapportés. Mais avant de présenter les facteurs les plus déterminants, nous présenterons le portrait sociodémographique de notre échantillon et leur adaptation à l’annonce de la venue de l’enfant.

3.1 Portrait de l’échantillon

À l’annonce de la grossesse, les participants étaient âgés de 15 à 24 ans, pour une moyenne de 19 ans et 3 mois. Leurs compagnes avaient en moyenne 17 ans et 7 mois. La durée de la relation à l’annonce de la grossesse était en moyenne d’un an et 7 mois (11 couples se fréquentaient depuis moins de 6 mois et 16 couples se fréquentaient depuis plus d’un an). Aussi, à l’annonce de la grossesse, 8 demeuraient en appartement avec leur compagne, 8 cohabitaient chez les grands-parents, 13 habitaient chez leurs parents et 1 était sans domicile fixe. On rapporte que 28 des 30 pères étaient présents lors de l’accouchement. Lors d’un premier anniversaire de leur enfant, 22 des 30 couples étaient encore ensemble. Entre le moment où les jeunes hommes apprennent qu’ils vont devenir père et l’âge d’un an de leur enfant, leur revenu moyen passe de 1 187 $ à 1 661 $ par mois en moyenne.

3.2 De l’annonce à la venue de l’enfant : une période riche en émotions

Lors de l’annonce de la grossesse, tous les participants se sont dits préoccupés par la nouvelle. Quant à la décision de garder ou non l’enfant, on retrouve une acceptation clairement exprimée ou une acceptation résignée de la décision de la mère. Pour ces derniers, l’expression « ne pas avoir eu le choix » est plus présente.

En outre, ce que les entrevues mettent de l’avant, ce sont principalement les émotions vécues lors de l’annonce de la grossesse. Cette annonce a suscité d’intenses émotions, parfois contradictoires, passant de la joie à la colère ou de la confiance à la peur. Ces émotions ne sont pas toujours explicites : une absence d’affect peut cacher un choc, comme de la colère peut cacher de la peur. Ainsi, les récits révèlent l’intensité de la joie de certains et la détresse des autres, tel que l’illustre cet extrait :

Je ne savais pas quoi dire, j’étais bouche bée. Après une semaine ou deux, ça se prend, tu l’assumes. Je ne savais pas comment le prendre. La première journée tu ne le réalises pas tout de suite, tu le sais, mais là t’es pas sûr. (…) La première journée c’est comme si tu rêvais. (Maurice, 17 ans)

La tendance à accepter la grossesse d’une façon plutôt résignée est souvent revenue dans les entrevues, tel que l’illustre cet extrait :

J’ai dit : " Si tu le gardes, je vais m’en occuper comme il faut, ça va être mon enfant. Si tu ne le gardes pas, je vais vivre avec toi ce qui est arrivé ". Je lui ai demandé ce qu’elle aimerait mieux. Elle a dit qu’elle aimait mieux le garder. J’ai dit : " On va le garder, on va faire notre possible pour qu’on ne manque de rien ". (Benjamin, 19 ans)

Malgré les réactions de départ, la grande majorité des jeunes hommes disent s’être rapidement adaptés à la situation, particulièrement pour ceux qui étaient encore en couple avec la future mère.

Également, lorsque les jeunes pères parlent de l’accouchement, leurs témoignages sont unanimes quant à l’intensité des émotions et l’importance de ce moment dans leur vie.

3.3 Le rôle de la relation avec la jeune mère dans l’engagement des jeunes pères

La relation avec la mère : de bons moments et des défis

La majorité des participants qui sont en couple avec la mère exprime un haut niveau de satisfaction à l’égard de leur relation avec elle. De plus, certains affirment que l’arrivée de leur enfant a solidifié leur relation, qu’elle est devenue plus importante pour eux. D’ailleurs, les pères encore en couple considèrent que le bienêtre de l’enfant passe par la qualité de la relation avec la mère. On tente alors de moins se disputer et de ne pas le faire devant l’enfant :

On va arrêter de s’obstiner, de parler fort de même devant la p’tite, le moins possible. On se relaxe, on se calme un peu. Il faut pas que tu te laisses emporter par la fatigue. (Simon, 17 ans)

Cependant, les premiers mois demeurent un défi pour les jeunes pères. Même si beaucoup font preuve d’optimisme, cette nouvelle étape est exigeante en raison du manque de sommeil, des pleurs, de l’intimité plus rare avec leur compagne :

Se lever la nuit, c’était dur sur le moral, j’avais de la misère avec ma blonde. On pouvait se frustrer pour des niaiseries toute la journée, ça n’avait pu d’allure. (Jean, 19 ans)

Il peut également y avoir des conflits sur les valeurs et l’organisation du quotidien : les sorties, la présence des amis, le temps consacré à la relation de couple. L’administration d’un budget commun apporte son lot de tiraillements. Leur vie sexuelle n’est plus la même. Les discussions sur l’éducation de l’enfant peuvent être intéressantes, mais aussi sujettes à conflits :

Il y en a un qui veut élever son enfant d’une manière, l’autre veut ça d’une autre manière. Le père ne peut pas laisser pleurer la p’tite 10 minutes si la mère n’est pas d’accord, ça va faire de la chicane. (Michel, 25 ans)

S’ajoute aussi la place du travail, car pour la majorité des pères, les conditions sont précaires et ils ont peu de contrôle sur leur horaire. Certains ont le sentiment d’être critiqués, qu’on leur dise qu’ils travaillent trop ou pas assez. De plus, le jeune père qui travaille a des besoins différents de ceux de la mère.

C’est elle qui passe les journées avec la p’tite. Souvent j’arrive de travailler pis elle, ça lui tente de faire quelque chose. Pis moi, j’aimerais ça qu’on reste ensemble, pis là on s’obstine. (Charles, 19 ans)

Devenir parent et vouloir garder un mode de vie de jeune constitue également un défi pour le couple :

Elle sortait vraiment comme une fois par semaine puis on dirait que ça me fatiguait. Elle sortait puis moi, je m’étais arrangé pour avoir une vie tranquille. (Jules, 19 ans)

Également, le jeune qui a peu connu sa compagne avant l’arrivée de l’enfant doute parfois qu’elle soit « la femme de sa vie ». Ils vivent donc un passage accéléré, de simples fréquentations à un couple ayant de lourdes responsabilités.

Ça va tout le temps me tracasser un p’tit peu parce que je n’ai pas nécessairement l’impression que ma blonde c’est la femme de ma vie, t’sais? J’ai toujours ce doute-là quand même qui persiste. Je me demande si je vais le regretter. (Jules, 19 ans)

Certains perçoivent des attentes qu’ils considèrent comme contradictoires de la part de leur conjointe. Ils se sentent parfois exclus des soins :

J’allais le faire, mais là elle se choquait : " C’est pas comme ça ". Après ça je ne le fais pas, mais elle se choquait parce que là je ne l’ai pas fait. Si je le fais c’est pas bon, si je ne le fais pas c’est pas bon… Qu’est-ce que je fais? (Didier, 23 ans)

Le lien père-enfant :

Concernant les liens pères-enfants, les expériences de la paternité se répartissent sur un continuum très large, allant de la satisfaction à l’accumulation de difficultés. Néanmoins, la grande majorité des jeunes pères apprécient les petits moments du quotidien. Ils éprouvent de la fierté en regardant leur enfant sourire, dormir, observer ce qui l’entoure. Ils scrutent ses caractéristiques physiques, surveillent sa croissance, écoutent ses gazouillis, les traits de son visage qui se dessinent, les ressemblances avec lui :

Elle sourit, tout la fascine. La lumière, les couleurs, n’importe quoi. C’est spécial. C’est surtout sa curiosité qui m’a frappé un peu. Elle veut savoir, elle veut connaître. Je la trouve belle. (Jules, 19 ans)

D’ailleurs, ils sont souvent surpris de l’intensité des sentiments qui les unissent à leur enfant :

Tu peux pas être plus proche de quelqu’un que ça. Je me sens comme si j’avais été père toute ma vie, j’me vois plus sans elle [sa fille], c’est elle qui compte. (Charles, 20 ans)

Les réactions de l’enfant les encouragent, leur donnent le sentiment de se recentrer sur leur vie au-delà du travail et de la vie quotidienne :

J’vois ma p’tite fille puis j’oublie ma journée. Ça c’est le fun, elle fait des gros sourires, ça c’est un moment qui me ramène sur terre après ma journée. (Benjamin, 20 ans)

Les soins à l’enfant se déroulent généralement bien pour ceux qui sont encore en couple. Ils détaillent la manière dont ils donnent le bain ou le biberon, consolent le bébé, changent les couches, endorment leur enfant. Ils en ressentent de la fierté. Ils se disent surpris par la vitesse à laquelle leur enfant grandit, change, se développe. Parfois, le lien est favorisé par des moments passés seuls avec l’enfant; certains se sentent d’ailleurs plus à l’aise quand la mère est absente. Ils bénéficient alors d’une plus grande marge de manœuvre pour découvrir leurs méthodes, notamment pour consoler l’enfant :

Il te reconnaît, c’est le fun. Il commence à avoir une interaction, il y a un lien qui est en train de se former. Si tu le passes à quelqu’un d’autre, il va continuer à pleurer, mais moi je le prends, si tu le colles sur toi, il te reconnaît. (Paul, 20 ans)

Se préoccupant du bien-être de leur enfant, ils veulent éviter que des conflits éclatent devant lui. À travers les soins, ils ont appris à connaître leur enfant, à découvrir des petites manies, des traits de leur personnalité. Ils acquièrent de la confiance quand ils sont capables de comprendre ses besoins :

Il peut pas parler pauvre p’tit, y’a pas le choix. On reconnaît les pleurs. C’est évident, il va chigner quand il est fatigué ou pleurer un peu là pour qu’on le prenne, qu’on le berce. Quand il a faim, on l’sait qu’il a faim. (Félix, 19 ans)

Lorsque les jeunes parents sont séparés

Les jeunes hommes qui sont séparés de la mère n’ont pas vu ou à peine entrevu leur enfant. Dans tous les cas, la rupture a entraîné une grande distance entre le jeune père et son enfant. Parfois, la crainte que la mère ne lui réclame une pension alimentaire est un enjeu. Dans deux autres cas, l’intervention de la Direction de la protection de la jeunesse a été nécessaire à cause de problèmes liés à la consommation de drogue. La garde de l’enfant a alors été retirée aux jeunes parents.

Les huit jeunes hommes séparés qui ont été rencontrés rapportent avoir été très affectés par la rupture (que cinq d’entre eux ont vécue avant la naissance) avec la mère, soit sur le plan amoureux ou face à l’idée de leur vie de famille à venir. Ils éprouvent de la difficulté à se réorganiser et, par le fait même, à se recentrer sur leur enfant.

Le partage de la garde est également un enjeu délicat. Des visites occasionnelles constituent le plus souvent la façon de fonctionner, et sa réussite dépend de la qualité de la relation avec la mère. D’autres pères, n’ayant encore jamais rencontré l’enfant, peuvent garder une plus grande distance, reconnaissant en théorie sa responsabilité, mais sans l’intégrer.

Dans les quelques cas où la rupture s’est déroulée durant la grossesse et que la mère s’est fait un nouveau compagnon, les jeunes pères peuvent hésiter à reprendre contact, notamment si elle lui a demandé de ne pas rappeler. Il est parfois prêt à céder sa place, à « ne pas s’en mêler », si ça va bien. Par contre, d’autres peuvent craindre de perdre leur place :

J’ai toujours peur que quelqu’un d’autre prenne ma place… Me faire dire [par ma fille] : " J’ai fait de quoi avec le chum à maman ", j’aimerais pas ça. (Benjamin, 20 ans)

Si la jeune mère demeure chez ses parents après la rupture, elle contrôle l’accès et le père doit se rendre chez ses anciens beaux-parents, ce qui rend les choses plus difficiles :

Quand je vais là, des fois, c’est la guerre, Je me fais crier des noms par-dessus la tête. (…) Tu viens pour voir ton p’tit, elle fait passer ça à travers lui, en fait ce qu’elle veut c’est que j’aille chez elle pour qu’elle puisse me voir. (Paul, 20 ans)

3.4 Le rôle de la famille d’origine : l’importance des grands-parents

La place des grands-parents est importante. Sur le plan matériel, certains hébergent la jeune famille ou l’aident financièrement. L’intérêt des grands-parents envers l’enfant, leur désir d’être avec lui et de permettre aux nouveaux parents d’avoir un moment à eux en le gardant s’avère une aide appréciée des jeunes pères qui en bénéficient. Également, la reconnaissance de leurs efforts et de leurs qualités constitue une source d’encouragement :

Je gagne de la dignité, puis je gagne du respect, mettons envers le monde [au travail] (…) Même mes parents ont plus de respect, mettons qu’ils aiment mieux ça de même. Même mes amis quand ils ont su que je deviens père : hein? toi? Y’en a qui n’en revenaient pas, mais plus ça va, plus ils ont su que je pouvais le devenir, que c’était pas une joke, puis que j’étais vraiment sérieux. Ça me fait du bien, que le monde mettons qu’y se réveillent, j’suis pas tata, là. (Simon, 17 ans)

Par contre, la présence des grands-parents peut aussi créer une pression supplémentaire lorsque des conflits existent. Plusieurs participants rapportent avoir senti du contrôle, du jugement de la part de leurs parents ou de ceux de la mère de leur enfant :

Ça commençait à être ben de la pression, pis ce n’était pas juste elle, c’était sa mère, ses parents, mes parents, puis là, il y avait beaucoup de pression. Écoute j’ai viré sur le top, j’ai laissé ça un peu aller. (Mario, 18 ans)

3.5 Les conditions socioéconomiques

La stabilité d’emploi est cruciale dans l’expérience. Au début de la grossesse, la moitié des participants (15) occupait un emploi, six recevaient de l’aide sociale, quatre étaient sans revenu ni occupation, deux étaient en chômage et trois étaient aux études. Un seul parmi ces derniers exprimait sa frustration de devoir laisser ses études au profit du travail en raison de la venue prochaine de l’enfant. Alors que les enfants ont de 8 à 11 mois, les deux tiers du groupe (20) occupaient un emploi, quatre recevaient de l’aide sociale, un était au chômage et cinq étaient aux études. Le niveau de scolarité demeure globalement celui d’un 3e secondaire.

Leur revenu mensuel moyen, de 1 187 $ en début de grossesse, passe à 1 661 $ alors que leur enfant atteint l’âge d’un an. Dans l’ensemble, la situation d’emploi semble s’être améliorée et les jeunes pères soulignent de moins en moins l’anxiété, l’inquiétude ou le stress, et de plus en plus la maîtrise de la situation. Certains sont retournés aux études. La majorité des jeunes pères semble avoir réussi à améliorer son sort. L’aspiration à vivre en couple est très présente :

Je m’impressionne des fois, c’est vrai en maudit, avant je n’avais pas de job, ça, ça a aidé ma confiance à cause que le fait que j’aie une job, je peux aller en appart, je peux faire vivre mon enfant, je peux vivre avec ma blonde, ma famille, ça a fait un gros morceau du casse-tête là… (Simon, 17 ans)

Alors qu’en début de grossesse, 16 répondants cohabitent avec leur compagne, ce nombre augmente à 20 au premier anniversaire de leur enfant. La plupart ont encore des emplois instables, ce qui occasionne des épisodes de chômage ou l’obligation de recourir à des emplois multiples pour joindre les deux bouts. Malgré la présence d’espoir, l’inquiétude et le stress généré par les conditions d’emploi sont donc très présents :

J’ai assez le moral à terre, ça m’tente pu de rien faire. Comme c’est là, j’ai pas le goût d’aller travailler chez quelqu’un… Là, t’arrives chez vous, t’es fatigué le soir pis là t’as ta p’tite fille. Là tu te fais dire : t’es encore parti travailler… C’est dur, quelqu’un qui travaille, ça en fait du stock. (Louis, 23 ans)

4. Discussion

Notre analyse des témoignages recueillis revient sur les dimensions les plus souvent abordées et qui semblent les plus importantes pour les participants. Tout d’abord, la relation avec la mère de leur enfant et différentes facettes des rapports des jeunes pères avec leur famille d’origine et avec la famille de la jeune mère. Également, nous proposons une réflexion sur les perceptions qu’ont les jeunes pères par rapport à leur situation. Enfin vient un rappel de l’importance de considérer les déterminants sociaux liés à l’exercice du rôle de parent et non seulement le contexte individuel.

4.1 La relation avec la mère, lieu névralgique de l’engagement paternel chez les jeunes pères

Nos données concordent avec d’autres recherches selon lesquelles approximativement 75 % des couples sont unis et 25 % sont séparés durant la grossesse, y compris les jeunes pères qui ne seront pas identifiés sur l’acte de naissance (Charbonneau, 1999). Les exigences de la réussite de la vie de couple et de parents sont élevées. De plus, le stress d’être liés si vite à leur compagne pour le restant de leur vie peut susciter une certaine angoisse (Bunting et McAuley, 2004).

Par ailleurs, nos résultats, comme d’autres recherches, démontrent que la relation avec la mère est un facteur crucial de l’engagement des jeunes pères (Fagan, 2008; Gavin, Black, Minor et al., 2002; Goldberg, Tan, Davis et al., 2013; Mollborn et Jacobs, 2015). Certains affirment même que la qualité de cette relation est plus déterminante que d’être le père biologique de son enfant (Ganong et Coleman, 2004).

À l’inverse, le fait de ne plus être en relation avec la mère constitue un facteur important de désengagement paternel (Gavin, Black, Minor et al., 2002). Les résultats ont fait état des difficultés particulières liées à la rupture avec la compagne, surtout les conflits, qui constituent un puissant facteur de désaffiliation du père face à son enfant (Kruk, 2011). Plus les conflits entre les parents sont élevés après une séparation, moins les pères ont de contacts avec leur enfant. Ce constat rejoint des résultats de recherche qui démontrent que les pères qui vivent avec leur enfant ont un niveau d’engagement qui varie beaucoup moins que ceux qui ne vivent plus avec lui (Coley et Hernandez, 2006; Jaffee, Caspi, Moffitt et al., 2001). En effet, devoir négocier la garde et les questions financières, adapter ses horaires, réorganiser sa vie et vivre un certain deuil constituent d’importants défis à la suite d’une séparation (Kruk, 2011). Également, il semble qu’être en relation stable au moment de devenir père atténue, jusqu’à un certain point, l’angoisse créée par le passage accéléré à un rôle d’adulte et de parent (Coley et Hernandez, 2006).

4.2 La famille d’origine du jeune père et la famille de la jeune mère : de l’aide, mais aussi des contraintes

Nos résultats indiquent que les parents du jeune père et de la jeune mère peuvent être une source d’aide, mais aussi de conflits, voire d’intrusion, dans la vie des jeunes parents qui ont un criant besoin d’aide, tout en souhaitant être autonomes. Les parents de la jeune mère peuvent aussi constituer un facteur d’exclusion du jeune père s’ils refusent sa présence chez eux.

Les grands-parents peuvent eux-mêmes être ambivalents dans la façon d’aider leur enfant qui devient parent plus tôt que prévu. Ils se retrouvent parents d’adolescents qui vont devenir parents. Cet évènement implique un changement soudain sur le plan du système familial (Kiselica, 2008). Les rôles des membres de la famille sont à revoir de façon contradictoire : les jeunes qui deviennent parents doivent en principe devenir autonomes, organisés, quitter leurs (propres) parents pour fonder une union avec la mère/le père de leur enfant, être tournés vers les besoins de leur enfant, en mesure de subvenir à tous ses besoins. Les parents d’adolescents deviennent soudainement grands-parents, tout en percevant encore la responsabilité d’intervenir dans la vie de leur enfant (Kiselica, 2008; Lavigueur, Coutu, Dubeau et al., 2005). Il y a donc bouleversement de l’équilibre du système et intégration de ces nouveaux rôles. Parfois, cet ajustement sera ardu, ponctué de conflits difficiles à dénouer (Kiselica, 1999). Dans ce contexte, la place du jeune père peut être difficile à prendre, selon ses compétences personnelles et le soutien que lui accordent ses parents et ceux de la mère. Bref, sur le plan systémique familial, on perçoit ces changements contradictoires, qui sont appelés à se produire avec l’arrivée d’un enfant issu de jeunes parents.

4.3 L’expérience subjective du jeune père

Un aspect des entretiens qui peut surprendre est le point de vue optimiste des jeunes pères sur leur situation, malgré des conditions que l’on jugerait objectivement défavorables sur plusieurs plans : en effet, ils estiment avoir joué un rôle mineur dans le choix de la poursuite de la grossesse, ils sont pauvres, ils sont jeunes et ils ont délaissé l’école en moyenne en secondaire 3. Comment est-il possible de s’adapter rapidement à l’annonce de la grossesse et se réjouir de la nouvelle malgré des conditions socioéconomiques difficiles? On pourrait les juger naïfs, mais ce serait passer à côté d’un élément qui nous semble crucial : le sens qu’ils donnent à leur situation. « Être là », « devenir meilleur », « responsable », « avoir des objectifs » sont des thèmes importants qui corroborent les résultats d’autres recherches (Allen et Doherty, 1998; Labarre, 2014; Ouellet, Milcent, Devault et al., 2006; Parikh, 2013). En effet, les témoignages des jeunes pères sont constants entre la période périnatale et le premier anniversaire de leur enfant en ce qui a trait à la place que leur enfant occupe dans l’orientation de leur vie.

Ce sens donné à la situation semble servir de tampon aux facteurs de stress, voire d’angoisse, qui pourraient les inciter à fuir leurs responsabilités. Par ailleurs, l’avènement de la paternité peut constituer une importante source de motivation à s’intégrer socialement. Leur motivation est également illustrée par nos données socioéconomiques qui indiquent un retour au travail important pour certains et une augmentation des heures de travail pour d’autres, générant une augmentation de leurs revenus.

Même si plusieurs facteurs extérieurs influencent leur situation, les caractéristiques des jeunes hommes rencontrés n’en demeurent pas moins importantes. Leur niveau de motivation face à leur rôle, les compétences qu’ils se reconnaissent ou non, leur mode de vie et leur capacité à s’organiser, à penser à moyen et long terme et à gérer le stress n’en sont que quelques exemples.

4.4 Les déterminants sociaux liés à l’exercice du rôle de parent : l’angle mort de la paternité précoce

On remarque que les répondants ont peu mentionné leur âge comme obstacle à leur rôle, mais ont plutôt précisé avoir été parfois affectés par le jugement des autres et les conditions inhérentes à leur étape de vie : peu de moyens financiers, peu d’expérience de travail, dépendance face aux parents – bref, le capital social dont ils jouissent (Cabrera, Ryan, Mitchell et al., 2008). En effet, tout en constatant que leur revenu a considérablement augmenté entre le moment de l’annonce de la grossesse et le premier anniversaire de leur enfant, il ne faut pas oublier que leur revenu moyen se situe sous le seuil de pauvreté. Également, même s’ils ne parlent pas des limites causées par leur âge, leurs propos reflètent la présence plus importante de facteurs extérieurs, notamment le fait de dépendre davantage de parents, avec qui ils doivent parfois cohabiter, et dont le soutien est très inégal d’une situation à l’autre.

Il est essentiel de garder en tête tous les facteurs extérieurs aux jeunes pères qui influencent leurs choix et leurs comportements individuels (Duncan, 2007). Les options possibles comme choix de vie pour les jeunes pères, comme pour les jeunes mères, sont souvent moins nombreuses que pour des jeunes plus favorisés. Leur expérience est donc au confluent d’un contexte large et d’une trajectoire de vie unique à chacun (Ouellet, Milcent et Devault, 2006).

5. Retombées pour l’intervention : le défi d’analyser globalement et d’intervenir globalement

Il s’avère important de préserver une approche globale et familiale de la situation des jeunes pères (Deslauriers et Rondeau, 2005; Goldberg, Tan, Davis et al., 2013; Reeves, Gale, Webb et al., 2009) et de les intégrer aux services. Parmi la somme des facteurs étudiés, ceux qui sont liés à la famille sont particulièrement déterminants. Nos résultats vont dans le sens des constats de Fagan (2008), qui, lors de ses travaux sur les pratiques prometteuses auprès des jeunes pères, conclut qu’indépendamment du statut de père « résident » ou « non résident », séparé ou non de la mère, les interventions pour favoriser la coparentalité (microsystème relation jeune père/jeune mère) entre les jeunes parents sont celles qui génèrent davantage de retombées sur l’engagement du jeune homme :

« The results are consistent with an ecological systems perspective, which suggests the importance of addressing ecological factors such as the adolescent mother-young father couple relationship when attempting to increase young men’s involvement with their children. » (Fagan, 2008 : 321)

Puisque la relation avec la jeune mère constitue un facteur crucial de l’engagement des jeunes hommes, au cours de la période prénatale et lors de la première année de vie de l’enfant, il s’agit d’une « fenêtre d’intervention » importante à saisir (Deslauriers et Boivin, 2011). Il serait possible d’instaurer des habitudes de travail auprès des pères de façon systématique, comme on le fait déjà pour les mères, telle qu’une haute intensité d’intervention durant la grossesse et après l’arrivée de l’enfant (MSSS, 2004). Pourquoi ne pas intégrer au moins une tentative de rencontre avec le père?

Si on souhaite que la mère ne soit pas la seule responsable du bien-être de l’enfant, il s’avère crucial d’intégrer les pères dans les protocoles d’intervention dès la grossesse. Inclure les pères dans le processus d’évaluation à l’inscription à un programme pour jeunes parents en insistant pour qu’ils soient présents à la première rencontre, comme le prônent certaines intervenantes spécialisées, en constitue un exemple (Deslauriers et Boivin, 2011). Si on estime que certains sont « irresponsables » ou présentent d’importants risques pour le bien-être de l’enfant, il est tout aussi important de les rencontrer pour évaluer la situation (Brown, Callahan, Strega et al., 2009). Également, il est pertinent d’évaluer les motivations du père face à son rôle en prenant le temps de recueillir son point de vue sur sa vie et son rôle de père (Devault, 2014).

Plus ils sont jeunes, plus on devrait déployer des efforts pour les soutenir dans leur rôle et plus les proches (microsystème famille du jeune père/microsystème famille de la jeune mère) devraient être intégrés aux modalités d’intervention (Kershaw, Murphy, Lewis et al., 2014). Notamment, comme le soulignent Devault, Denis, Lacharité et al. (2012), les mères des jeunes pères constituent de bonnes alliées pour l’intervention. Une lecture systémique de la situation familiale s’avère un atout pour comprendre la situation du jeune père dans la constellation familiale élargie et prendre les devants en contactant les familles et en les intégrant au plan d’intervention (Fagan, 2008).

Schéma récapitulatif : Facteurs liés à l’engagement paternel de jeunes pères

Schéma récapitulatif : Facteurs liés à l’engagement paternel de jeunes pères

Pour accompagner un jeune père (ontosystème), il faut établir un lien de confiance, tout en tenant compte des facteurs extérieurs. Nos résultats et les recherches recensées le démontrent clairement : une clé pour y arriver est de s’intéresser au sens qu’il donne à sa situation et à ses perceptions, même si on peut les considérer comme naïves ou inadéquates, car elles constituent néanmoins des leviers d’intervention et une façon de créer une alliance thérapeutique (Scourfield, 2006; Reeves, 2006). Il est tentant comme intervenant de vouloir agir sur ce qui est problématique, mais nous estimons que de partir du point de vue du jeune père est plus prometteur. Dépasser « l’accident » pour parler de son projet de vie, par exemple, est une perspective plus stimulante. Partir du sens qu’il donne à sa situation, puis établir des objectifs d’intervention qui le rejoignent, plutôt que de le confronter de prime abord à ses limites, sont des approches plus susceptibles de tisser un lien de confiance et d’aider à établir un plan d’intervention (Kiselica, 2008).

Cette perspective rejoint aussi l’essence du travail social en situant le jeune homme dans son contexte social. Même lorsque l’on intervient auprès de jeunes pères qui présentent plus de facteurs de risque pour leur enfant, on doit les considérer comme des interlocuteurs avec qui on discute, que l’on écoute, malgré le contexte d’aide contrainte. Il est également pertinent dans ce contexte, comme travailleur social, de reconnaître aussi la marginalisation, les abus qu’ils peuvent avoir subis et la pauvreté qu’ils vivent pour mieux les aider (Scourfield, 2006).

En outre, comme leurs besoins sont nombreux, Kiselica (1999) suggère que les programmes à l’intention des jeunes pères comprennent aussi :

  • un service de crise concernant la grossesse
  • un accompagnement dans les démarches auprès de divers services
  • une consultation au sujet de l’avortement
  • des ateliers sur les habiletés parentales accordant une place au rôle de père
  • des conseils juridiques
  • des interventions de couple

On retrouve un consensus sur l’importance de favoriser des rencontres informelles sur le terrain du jeune père : rencontres à domicile, au terrain de jeu ou dans d’autres lieux qu’il fréquente régulièrement, activités sportives, marches (Turcotte, Forget, Ouellet et al., 2011). Débuter l’intervention par une réponse à ses besoins concrets, attendre une occasion pour aborder les aspects plus personnels de sa vie et éviter d’entrer trop vite dans l’intimité du jeune constituent des façons non intrusives de graduellement accompagner les pères vulnérables (Kiselica, 2008). Faire preuve d’humour à travers les discussions sur ses difficultés est également pertinent.

On a constaté l’efficacité de ces pratiques qui contribuent à établir un lien de confiance. Par exemple, les activités sportives permettent d’entrer en relation et de créer un lien de confiance dans l’action plutôt qu’en partageant directement les émotions qu’ils ressentent. On connaît l’intérêt des hommes de tout âge pour les activités concrètes plutôt que les échanges verbaux. Il s’agit pour eux d’une occasion de demander de l’aide tout en évitant de faire preuve de « faiblesse », en entrant en relation avec d’autres jeunes pères sur la base de leur paternité et non de leurs problèmes. Ils reçoivent de l’aide tout en étant perçus comme ayant des forces, sur une base égalitaire avec les intervenants. Ainsi, ils utilisent un service sans entraver leur sentiment d’être autonomes et compétents.

Le travail de groupe est également recommandé pour offrir de l’information et susciter une réflexion sur le rôle de père, mais aussi pour offrir un réseau social de soutien (microsystème réseau social), notamment en favorisant la participation de jeunes pères qui constituent des modèles pour ceux qui vivent cette transition ou d’autres difficultés. Le partage d’informations ou d’habiletés parentales peut être plus efficace grâce à ce modèle entre pairs (Ballard et Greenberg, 1995). Offrir des activités récréatives dans ce contexte est une formule qui semble offrir de bons résultats (Kiselica, 2008).

Aider un jeune père à se projeter au niveau social, comme adulte ou comme père, en s’inspirant des pratiques sociales qui favorisent l’amélioration des conditions de vie (microsystème travail, microsystème école) fait partie des voies privilégiées d’intervention (Kiselica, 2008). Offrir des informations sur les choix de carrière, des séances de préparation à l’emploi et des services de placement en sont des exemples. Dans cette perspective, tenir compte de la socialisation masculine dans le travail avec les jeunes pères en se tournant vers les possibilités d’action à poser pour faire face à la situation est une voie prometteuse. On le voit dans les efforts que les participants à notre recherche ont déployés pour améliorer leur situation socioéconomique en adoptant plutôt un rôle de pourvoyeur.

Également, nos résultats s’inscrivent dans la même foulée que d’autres programmes destinés aux pères, dont les pères vulnérables; il est nécessaire d’être créatif et d’utiliser plusieurs stratégies d’intervention afin de rejoindre les jeunes pères et de tenter de répondre à leurs besoins à partir d’angles diversifiés. Notamment, le projet Relais-pères constitue un exemple de projet axé sur une perspective globale de leurs besoins et qui s’articule dans une logique où on doit aller au-devant du pè re dans un contexte significatif pour lui (Turcotte, Forget, Ouellet et al., 2011). D’ailleurs, la vaste recension de Devault et Gaudet (2008) a permis l’étude de plusieurs programmes s’adressant aux pères. Leurs résultats rapportent l’existence de trois principales catégories de programmes destinés aux pères basés sur le modèle écosystémique : les programmes destinés aux pères et leur famille, ceux visant les pères et leur environnement immédiat et ceux visant un changement de mentalité dans l’environnement éloigné et la population en général. Idéalement, les programmes devraient viser plusieurs cibles simultanées. Cette pluralité des modalités d’intervention témoigne de la grande diversité des besoins que présentent les pères et de l’importance pour les services de développer une variété de pratiques. 

CONCLUSION

Malgré le grand nombre de facteurs qui influencent l’exercice de la paternité chez les jeunes hommes, les recherches s’attardent le plus souvent à certains aspects précis de leur sujet (ex. : mode de vie, toxicomanie, délinquance, violence), et mettent en lumière les déficits qu’ils présentent. L’ensemble des facteurs qui interviennent est très peu souvent mis en perspective. L’une des exceptions est le cadre directeur du programme SIPPE, qui met de l’avant un modèle écosystémique pour rappeler aux gestionnaires et intervenants la multiplicité des déterminants sur lesquels on doit agir pour aider les jeunes parents (MSSS, 2004).

Cette perspective globale peut générer des modalités d’intervention sur un plus grand nombre de facteurs qui favorisent ou nuisent à leur engagement auprès de leur enfant. Il faut dépasser une lecture ontosystémique qui se situe souvent dans une perspective déficitaire des jeunes pères. En effet, comme pour d’autres recherches récentes, nos résultats indiquent qu’une fois la période de l’annonce de la grossesse passée, beaucoup de jeunes pères se sont adaptés à la situation. Leur trajectoire entre le moment de cette nouvelle et le premier anniversaire de leur enfant indique qu’ils effectuent des changements à leur vie, qu’ils sont préoccupés par le bien-être de leur enfant. La relation avec la mère de leur enfant, leurs parents et ceux de la mère de leur enfant ainsi que leur situation socioéconomique sont des facteurs majeurs de leur engagement paternel.

À la lumière de ces résultats qui indiquent l’importance de ces interactions, il est pertinent de poursuivre une réflexion sur l’organisation des services destinés aux jeunes parents, la place que l’on fait à une perspective systémique familiale et la philosophie d’intervention mise de l’avant, ainsi que sur nos propres valeurs et croyances au sujet des jeunes parents et de leur famille.

Les travaux sur les pratiques prometteuses auprès de jeunes pères confirment la nécessité de développer simultanément une lecture ontosystémique, microsystémique, mésosystémique, exosystémique et macrosystémique de la situation afin de cultiver une vision étendue de leurs besoins. Les lieux de formation en travail social et les travailleurs sociaux sont bien placés pour proposer un paradigme holistique tenant compte de la complexité de la situation des jeunes pères afin de générer des hypothèses d’analyse et d’interventions. Les interventions familiales, notamment auprès de la jeune mère et du jeune père, semblent une voie à privilégier. Également, le soutien offert aux jeunes pères sous la forme d’accompagnements individuels et de groupe peut contribuer à leur engagement. Enfin, les initiatives communautaires à l’endroit des jeunes parents, dont les jeunes pères, sont à promouvoir pour agir sur les conditions de vie.

ABSTRACT:

This exploratory research aims to paint a portrait of young men who father a child with a mother under 20 years of age, and to document their experience from the time the pregnancy is announced until the child’s first birthday. Despite mixed reactions to the initial announcement of the pregnancy, these men generally show a willingness to assume paternal responsibilities, as is evidenced by the considerable increase in their income and their stated desire to live with their partner and child. They take on the role of father even though they face disadvantages such as their youth, their low level of education, and the short time they have had to forge a relationship with the mother of their child. In spite of their youth, loss of freedom, and the heavy responsibilities of their new role, these young men are concerned about the child’s wellbeing, from before the birth and throughout the child’s first year of life. Factors that influence this commitment are presented within the framework of an ecosystem, and promising intervention strategies are proposed. 

KEYWORDS:

Young father, precocious fatherhood, pregnancy, involvement, services, young parents, ecological

Notes

1. Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien du Fonds de recherche du Québec – Société et culture.

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