ÉDITION SPÉCIALE COVID-19

Le travail social en contexte de crise sociosanitaire : Regards sur les pratiques et enjeux de la recherche sociale

Sous la direction de :

Karine Croteau, T.S., Ph.D., Professeure adjointe, École de service social, Université d’Ottawa

Sarah Boucher Guèvremont, T.S., Rédactrice en chef, Revue Intervention, OTSTCFQ

Geneviève Cloutier, T.S., Ph.D., Courtière de connaissances, OTSTCFQ

Luc Trottier, Directeur des communications, OTSTCFQ

Au terme de l’an 2019, l’émergence de SARS-CoV-2 (responsable de la maladie à coronavirus Covid-19) a pris l’humanité d’assaut. À l’heure actuelle, Covid-19 a touché tous les continents et continue de faire des victimes parmi lesquelles figurent souvent les individus les plus vulnérables de nos sociétés. En 2020, au Québec, le printemps s’est installé dans la distanciation physique et l’incertitude du lendemain. Le 13 mars, le gouvernement du Québec décrétait la fermeture des institutions éducatives et la mise sur pause, pour une période indéterminée, de l’économie.

Au moment de son éclosion, la pandémie n’a fait aucune discrimination quant à ses victimes, mais peu à peu elle a affecté davantage les personnes les plus âgées, les plus isolées, les citoyens immigrants, les individus aux prises avec des problèmes de toxicomanie, de détresse psychologique, de comorbidité, aux classes sociales défavorisées et aux emplois précarisés. Des enjeux sociosanitaires et des impacts psychosociaux sérieux ont découlé de cette crise. En cette période d’instabilité généralisée, les fossés d’inégalités se creusent et les individus et familles les plus à risque sont en quête de soutien et réconfort.

Depuis la réforme importante des services sociaux au Québec et la centralisation des pouvoirs de gestion, les statistiques probantes, les logiques managériales et la technocratie du travail social prédominent au sein de la profession. En contexte de crise sociosanitaire, l’incohérence entre la gestion (top) et la pratique sur le terrain (down) semble davantage apparente et pointée du doigt. Pourtant, la pratique du travail social est ancrée dans la relation d’aide qui interpelle les approches humanistes et non quantifiables. Fondés sur des valeurs d’équité et de justice, les principes d’action des intervenants sociaux visent à retisser le filet social d’entraide et à accompagner les populations les plus touchées par la crise. Parmi les multiples rôles de la profession de travailleur social, l’un des plus centraux en cette période de précarité vise à pallier les disparités sociosystémiques que la pandémie accentue en assurant l’accessibilité aux services sociaux et communautaires à tous les gens dans le besoin.

On peut s’attendre à ce que l’année 2020 soit véritablement marquée par la reconnaissance de tous les répondants de première ligne. Les travailleurs sociaux, tant en milieu communautaire qu’institutionnel, comptent parmi ces acteurs au front. Afin de sortir de l’ombre des pratiques trop souvent passées sous silence, cette édition spéciale vise à mettre en valeur la parole et les pratiques des travailleurs sociaux en contexte de crise sociosanitaire et à mettre en lumière l’importance de leurs interventions auprès de populations vulnérables. Nous sommes intéressés à en connaître davantage sur votre expérience pratique auprès de vos clientèles (populations marginalisées, maladies graves, aînés, personnes en perte d’autonomie, en fin de vie, enfance-famille, itinérance, etc.) et champs d’intervention (maltraitance, violence conjugale, toxicomanie, dépendance, santé mentale, protection de l’enfance, milieux communautaires, banques alimentaires, milieux carcéraux, centres hospitaliers, etc.).

Le présent appel à contributions vise trois types de propositions :

1. Appel à témoignages :

Vous êtes invités à partager vos témoignages au front, portant sur les pratiques mises en place en contexte de crise sociosanitaire. Ces témoignages peuvent être livrés par divers médiums de communication : témoignage écrit, entrevue écrite ou vidéo. Vous devez d’abord nous soumettre un bref résumé (350 mots maximum) de votre témoignage ainsi que le type de médium de communication privilégié au plus tard le 1er juin 2020 à l’adresse suivante :

2. Appel à textes :

Travailleurs sociaux, intervenants communautaires, chercheurs, professeurs et étudiants sont invités à soumettre un récit de pratique. Il permettra :

a) de situer et présenter l’intervention sociale dans son contexte;

b) de réaliser un survol critique des études qui traitent du sujet (pratique, clientèle);

c) de proposer des pistes de solutions et d’intervention pour s’assurer de mieux répondre aux besoins criants de clientèles précarisées, particulièrement en période de post-pandémie.

Date de tombée des résumés (350 mots maximum) : 22 juin 2020

Date de tombée des récits de pratique (entre 10 et 15 pages, interligne double) : 8 septembre 2020

À soumettre à l’adresse suivante : revue.intervention@otstcfq.org

3. Actualités sur la recherche sociale :

Dans l’optique de mettre de l’avant la richesse de la recherche sociale, ainsi que la vitalité des équipes de recherche et des milieux qui les accueillent, les chercheurs et travailleurs sociaux impliqués sont invités à décrire les projets développés pour mettre en lumière les impacts psychosociaux de la pandémie actuelle sur les populations, décrire les pratiques émergentes et développer des outils d’intervention. Nous vous invitons à nous soumettre un résumé du projet de recherche (500 mots maximum) pour le 1er juin 2020 à l’adresse suivante : revue.intervention@otstcfq.org

Le comité vous remercie!


Numéro 153 (à paraître au printemps 2021): L’utilisation des forces en travail social 

Sous la direction de :

Christiane Bergeron-Leclerc, T.S., Ph.D., professeure, Département des sciences humaines et sociales, Université du Québec à Chicoutimi

Ève Pouliot, Ph.D., professeure, Département des sciences humaines et sociales, Université du Québec à Chicoutimi

Virginie Gargano, Ph.D., professeure adjointe, École de travail social et de criminologie, Université Laval

« La croyance en la capacité humaine d’évoluer et de se développer » (OTSTCFQ, 2012 : 7) est au cœur de la pratique actuelle du travail social. Cette valeur fondamentale de la profession trouve notamment écho dans le Référentiel de compétences, lorsqu’il est question de la capacité des travailleuses et travailleurs sociaux à « favoriser l’autodétermination » (composante 2.1.2) et « d’allier et de mobiliser les ressources » (composante 2.3.3) des personnes dont le fonctionnement social est altéré.

Cette conviction que les personnes accompagnées possèdent des forces qui doivent être mises à profit dans l’atteinte d’un mieux-être n’est toutefois pas nouvelle. En effet, certaines définitions du travail social du début du XXe siècle font référence à cette idée de prise en compte et de valorisation du potentiel humain. Une analyse des définitions recensées par Bilodeau (2005) permet de constater que dès les débuts de la profession, l’idée de forces, le plus souvent désignées comme des « ressources » ou des « capacités » individuelles ou environnementales devant être mobilisées, était au cœur de la pratique du travail social.

Ainsi, et malgré la croyance populaire, l’utilisation des forces en travail social précède l’émergence de la discipline de la psychologie positive, fondée en 1998 par Martin Seligman. Bien que les travailleuses et travailleurs sociaux aient toujours porté cette conviction à propos du potentiel humain, c’est davantage à partir des années 1980, grâce aux travaux de professeurs et chercheurs de l’Université du Kansas (dont Dennis Saleebey, Charles Rapp et Patrick Sullivan), qu’est née la philosophie d’intervention axée sur les forces. Cette philosophie, applicable à la gestion de cas individuelle, deviendra au fil des ans un modèle d’intervention associé à des outils spécifiques, puis un cadre organisationnel relié à des normes spécifiques d’implantation (Rapp et Goscha, 2012; Rapp et Sullivan, 2014). D’autres approches valorisent également l’identification et la mobilisation des forces. Pensons notamment aux approches de résolution de problèmes centrées sur les solutions, aux approches narratives ou encore à celles dont l’intention est d’accroître le pouvoir d’agir. Les approches d’intervention de groupe qui valorisent la participation des participants s’inscrivent également dans cette philosophie orientée vers les forces. Du côté de l’intervention collective, il existe l’approche par les capabilités (Amartya Sen, 1993; 1999; Martha Nussbaum, 2003; 2013), dont l’une des intentions est d’agir sur les déterminants sociaux de la santé. Enfin, certaines pratiques de gestion, d’enseignement et de recherche en travail social mobilisent également les ressources personnelles et interpersonnelles des individus.

Entre le discours formel et la réalité, il semble toutefois subsister un écart. D’une part, cette valeur fondamentale ne trouve pas toujours écho dans l’exercice professionnel. D’autre part, cette panoplie de pratiques peut créer de la confusion dans la reconnaissance et la compréhension de ce que constitue réellement une intervention orientée vers les forces.

Ce numéro thématique vise à apporter un éclairage en ce sens. Il nous parait notamment important de mieux définir la philosophie, l’approche et le modèle d’intervention axés sur les forces. D’autre part, il nous semble utile de distinguer les différents courants de pratique orientés vers les forces, ceux issus d’une tradition en travail social (Rapp et Goscha, 2012; Rapp et Sullivan, 2014; Saleebey, 2013), de ceux qui émergent de la sociologie (Sen, 1993, 1999; Nussbaum, 2003; 2013; White, Grazia et Perera, 2016) ou encore de la psychologie positive (Seligman et Csikszentmihalyi, 2001; Seligman, Steen, Park et al., 2005). Il ne s’agit pas ici de les opposer ou de classifier les approches sur un plan hiérarchique et théorique, mais plutôt de saisir les différentes influences derrière l’émergence d’approches et de modèles d’intervention. 

Nous souhaitons rassembler des textes qui permettront : a) d’illustrer, par des récits de pratique ou des articles de recherche, de quelles façons se déploie l’idée de forces dans les méthodologies d’intervention individuelle, de groupe et auprès des collectivités, b) de poser un regard critique sur les facteurs favorisant ou entravant l’implantation de ce type de pratique dans un univers majoritairement centré sur le problème, et c) de réfléchir aux rôles que pourraient jouer les travailleuses et travailleurs sociaux dans le déploiement accru de ce type d’approche, que ce soit dans les réseaux d’intervention publics ou communautaires. Ultimement, il est souhaité que ce numéro permette de dégager différentes formes d’utilisation des forces dans le contexte de la pratique du travail social contemporain. 

Nous attendons avec intérêt vos contributions.
 

Date de tombée des résumés (350 mots maximum) : 15 mai 2020

Date de tombée des articles : 2 octobre 2020

Pour plus d’information, vous pouvez communiquer avec :

Christiane Bergeron-Leclerc
Courriel cblecler@uqac.ca

ou

Sarah Boucher-Guèvremont, T.S, Rédactrice en chef
Courriel sbguevremont@otstcfq.org
 

Références:

Bilodeau, G. (2005). Traité de travail social, Rennes : Éditions de l’école nationale de santé publique.

Nussbaum, M. (2003). « Capabilities as Fundamental Entitlements: Sen and Social Justice », Feminist Economics, vol. 9, no 2-3 : 33-59.

Nussbaum, M. C. (2013). Creating Capabilities – The Human Development Approach, Boston : Harvard University Press.

OTSTCFQ (2012). Référentiel de compétences des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux. En ligne : https://www1.otstcfq.org/sites/default/files/referentiel_de_competences_des_travailleurs_sociaux.pdf.

Rapp, C. A. et R. J. Goscha (2012). The strengths model: A recovery-oriented approach to mental health services (3e éd.), New York, NY: Oxford University Press.

Rapp, C. A. et W. P. Sullivan (2014). « The Strengths Model: Birth to Toddlerhood », Advances in Social Work, vol. 15, no 1, 129-142.

Saleebey, D. (2013). The strengths perspective in social work practice,  Boston : Pearson.

Seligman, M. E. P. et M. Csikszentmihalyi (2000). « Positive psychology: An introduction », American Psychologist, vol. 55, no 1, 5-14. doi:10.1037/0003-066X.55.1.5.

Seligman, M. E. P., Steen, T. A., Park, N. et C. Peterson (2005). « Positive Psychology Progress: Empirical Validation of Interventions », American Psychologist, vol. 60, no 5, 410-421. doi:10.1037/0003-066X.60.5.410.

Sen, A. (1993). « Capability and Well-being » : 30-53, dans The Quality of Life, M. Nussbaum et A. Sen (sous la dir.), Oxford : Clarendon Press.

Sen, A. (1999). Development as Freedom, Oxford : Oxford University Press.

White, R. G., Grazia, M. et E. Perera (2016).  « The Capabilities Approach: Fostering contexts for enhancing mental health and wellbeing across the globe », Globalization and Health, vol. 12, no 16. doi 10.1186/s12992-016-0150-3.