Numéro 154 (à paraître à l’automne 2021): Comprendre, saisir et mobiliser les émotions en travail social


Sous la direction de :

Sue-Ann MacDonald, Ph.D, Professeure, École de travail social, Université de Montréal
Emmanuelle Khoury, T.S., Ph.D., Professeure, École de travail social, Université de Montréal
Carolyne Grimard, Ph.D., Professeure, École de travail social, Université de Montréal
Sophie Hamisultane, Ph.D., Professeure, École de travail social, Université de Montréal
Rosemary Carlton, Ph.D., Professeure, École de travail social, Université de Montréal

Quelle place pour les émotions?

« Penser n’est pas la seule façon de savoir; ce n’est pas la seule forme d’intelligence » (notre traduction) (Kabat-Zinn, 2020 – en réponse à la pandémie de COVID-19). Autrement dit, la connaissance profonde engage les sens, les émotions et une profonde reconnaissance de l’interdépendance. Cependant, de nombreux chercheurs s’accordent pour dire que les émotions ont été emportées dans les coulisses du raisonnement, les rationalités étant jugées plus précieuses pour construire les savoirs dignes de la science (Gilligan, 1982; Jaggar, 1989; Nussbaum, 2015; Tronto, 1993).

Du côté du travail social, il semble également que cette pensée rationnelle, au détriment de la pensée émotionnelle, ait pris le pas. Rappelons que le travail social est une discipline et une profession où les émotions ont un rôle à jouer. Basé sur la compassion (Hughes, 2017) tout en étant un métier relationnel (Ingram et Smith, 2018), le travail social s’engage à lutter contre les injustices sociales dans le but de produire des changements sociaux et d’améliorer le bien-être des personnes (Fédération internationale des travailleurs sociaux, 2014). Par ailleurs, dans leur travail, les travailleuses sociales[1] mettent à profit leurs savoirs, savoir-être et savoir-faire, qui sont construits, en partie, par des processus affectifs. À cet effet, Cook (2017) nous fait part du rôle non négligeable de l’intuition et des émotions des travailleuses sociales lors d’une première visite à domicile lorsqu’il s’agit de poser les bonnes questions, d’emprunter la bonne voie, avant de faire un compte rendu rationnel et factuel. Pour sa part, Ruch (2005; 2012) nous invite à reconceptualiser non seulement les personnes avec qui nous travaillons, mais aussi à nous reconceptualiser en tant qu’êtres émotionnels, avec des savoirs expérientiels, imbibés de situations complexes et imprévisibles.

Au début des années 1980, Arlie Hochschild, dans son ouvrage Le prix des sentiments : au cœur du travail émotionnel, rendait compte du fait qu’au sein des relations de service, un travail émotionnel avait lieu. Ce travail émotionnel sous-entend que les émotions sont malléables, qu’elles sont apprises, qu’elles peuvent être utilisées au bon moment pour générer l’ambiance désirée. Moesby-Jensen et Nielsen (2015) indiquent que les émotions sont toujours au centre du travail professionnel, mais qu’elles sont gérées de manière différente selon la praticienne et le mandat et la culture organisationnelle du milieu de pratique. Leur étude laisse entendre que le « travail émotionnel » des travailleuses sociales peut prendre trois formes : une coupure avec ses émotions pendant et après la rencontre, une pause destinée à l’intégration des émotions après la rencontre où des situations qui produisent une intensité d’émotions et d’inconforts. Selon les auteurs, ces trois types de « travail émotionnel » peuvent être positifs ou négatifs pour la pratique. Tout comme Ruch (2005; 2012), Moesby-Jensen et Nielsen évoquent alors l’importance de la réflexivité et d’avoir un espace pour faire communiquer et travailler ses émotions en tant que travailleuse sociale.

Aussi, il faut garder en tête que la pratique du travail social prend forme dans des contextes précis. Ce n’est pas une activité linéaire qui suit un modèle prévisible produisant à tout coup les résultats escomptés. Cette pratique nous apprend plutôt à adapter nos stratégies, nos interventions et nos outils selon des situations sociales qui sont en constante évolution. Enfin, le fait d’être à l’aise avec un processus ouvert et non prévisible est précieux pour les travailleuses sociales dans la pratique contemporaine en raison de la pierre angulaire de la pédagogie du travail social, qui se base sur la formation pratique (Archer-Kuhn Allen, Schweizer, Meghji et al., 2019), les savoirs émergeant des pratiques et la formation réflexive (Carignan et Fourdrignier, 2013; Wayne, Raskin et Bogo, 2010).

Toutefois, ces apprentissages et ces processus sont parfois limités ou difficiles à réaliser dans des contextes de pratique axés de plus en plus sur les résultats et la reddition de comptes, plutôt que sur le cheminement personnel, professionnel ou organisationnel (Khoury et Rodriguez del Barrio, 2015). À cet effet, depuis plus d’une décennie, nous assistons à la croissance de stratégies et rationalités issues de la nouvelle gestion publique (NGP) dans tous les secteurs (la santé, les services sociaux ou l’éducation, par exemple). Au cœur de la NGP, les discours récurrents soutiennent que l’État est dysfonctionnel et inefficace. Afin de contrer ces inefficiences, l’accent est mis sur des solutions basées sur la reddition de comptes, la réduction des coûts et la responsabilisation (Jetté et Goyette, 2010; Varone et Bonvin, 2004). Cette focalisation sur l’efficacité et l’imputabilité conduit à prioriser des organisations et une orientation caractérisées par une aversion au risque tout en privilégiant l’uniformisation de pratiques du travail social davantage axées sur la gestion des risques (MacDonald, Srikanthan, Ferrer et al., 2020). L’accent technocratique et managérialiste crée une pression pour offrir des solutions dépourvues d’une compréhension de la complexité des phénomènes et des problèmes sociaux (Webb, 2006), y compris des émotions humaines. Par ailleurs, le déploiement et l’utilisation d’outils décisionnels quantitatifs réduisent la possibilité d’une prise en compte de la complexité des situations vécues et freine la capacité d’analyse inductive et subjective propre à la pratique du travail social (Hardy, 2017). Pensons par exemple aux outils de cheminement clinique informatisés (OCCI) utilisés dans les milieux de soutien à domicile pour cerner les besoins de l’usager et déterminer le niveau et la nature de services qui seront fournis. Mentionnons également le système de soutien à la pratique (SSP) en protection de la jeunesse, qui détermine le niveau de « risque » de l’enfant concerné par le signalement.

La pratique contemporaine du travail social, la recherche et la formation semblent en effet s’être éloignées de l’importance de considérer et de prendre en compte les émotions, mettant davantage l’accent sur le savoir-faire axé sur une rationalité de plus en plus construite selon le modèle des pratiques basées sur les données probantes plutôt que sur le savoir-être, le savoir expérientiel et la posture des praticiennes (l’authenticité, le non-jugement, la primauté du lien de confiance).

Alors que les travailleuses sociales, tant en milieu communautaire qu’institutionnel, sont confrontées à des réductions budgétaires, à des restructurations des lieux de travail et à une augmentation de la charge de travail, la pression s’est intensifiée pour produire des résultats basés sur une normalisation des pratiques techniques (Baines, 2011; Bellot, Bresson et Jetté, 2013; Grenier et Bourque, 2016). De son côté, Reamer (2013) souligne que le travail social est entré dans une phase apolitique, dans laquelle des orientations technocratiques ou « sans valeur » guident la pratique du travail social au détriment des valeurs ancrées par exemple dans des perspectives anti-oppressives et d’autonomisation centrées sur l’empathie, les significations dialogiques, la réciprocité, l’interdépendance et les positions d’apprenant. Les caractéristiques de la pratique du travail social et les valeurs liées à l’importance des relations, des émotions et de l’interdépendance ont été assujetties, nous semble-t-il, car elles échappent aux processus de quantification fondés sur le raisonnement et les rationalités.

Recentrer les émotions en travail social

Les récentes turbulences et crises mondiales, y compris les changements climatiques, les migrations massives et les affronts aux droits des peuples autochtones, ont montré à certains universitaires et praticiennes l’importance, voire la nécessité, d’explorer le rôle des émotions dans la pratique du travail social, la recherche et la formation. Nous n’avons pas besoin de regarder plus loin que la pandémie actuelle (COVID-19) pour réaliser à quel point cette crise mondiale, et par exemple les décès trop nombreux dans les CHSLD, ont été accompagnés d’une vague de nouvelles émotions chez les travailleuses sociales. Qu’il s’agisse de peur, de tristesse, de compassion ou encore d’exacerbation de l’attachement à nos communautés, le sentiment d’être ensemble et interconnectés par la tragédie en dépit de la distance physique se manifeste de différentes façons. En ce sens, les émotions ne peuvent pas toujours être « travaillées » et « utilisées » pour produire une situation précise (Bolton et Boyd, 2003). Avec la pandémie, nous avons assisté à une démonstration générale du rôle des émotions en tant qu’agent mobilisateur d’engagement et de transformation, mais aussi en tant qu’espace de débordement permettant de communiquer les urgences, les injustices ou encore les situations de paralysie[2]. Sommes-nous face à un possible bouleversement de paradigme qui permettra de mettre sur le devant de la scène l’importance des émotions, de l’amour, de la réciprocité et de notre interconnexion ?

L’objectif de ce numéro thématique est de replacer les émotions au centre de la pratique, de la recherche et de la formation afin d’ouvrir la voie à de meilleures connaissances, mais surtout de récupérer cet espace singulier des émotions en travail social, espace de plus en plus délaissé et relégué à un statut secondaire. Ce numéro thématique a pour but de repenser la place et le rôle des émotions en travail social, de mieux les comprendre, les saisir et les mobiliser tout en incluant une réflexion sur les tensions et les limites liées aux émotions en travail social. Plus spécifiquement, nous nous intéressons à la place qu’on accorde aux émotions dans toutes les sphères du travail social, par exemple dans les relations affectives et le développement du lien de confiance (relationship-building) (Ruch, 2012) entre la travailleuse sociale et la personne ou la communauté auprès de qui elle intervient; chez les étudiantes formées à la profession, y compris à la supervision clinique (Ingram, 2013), et chez les acteurs (participants et chercheurs) de la recherche (MacDonald, 2016). Les rapports de pouvoir dans les relations, l’éthique et le care, la réflexivité et la mutualité sont des pistes prometteuses pour appréhender le « travail émotionnel » compris dans l’exercice du travail social  (Gonin, Grenier et Lapierre, 2013), mais aussi pour mieux saisir le rôle que jouent nos connaissances affectives, par exemple dans le développement de notre identité professionnelle ou de nos choix en intervention ou en recherche (MacDonald, Roebuck et Benjamin 2018). La reconnaissance de l’interdépendance et de la réciprocité dans la relation (Alexander et Charles, 2013; O’Leary, Tsui et Ruch, 2013) ainsi que le compassionate care et le partage mutuel des savoirs (Hughes, 2017) ouvrent des voies intéressantes pour repenser la place attribuée aux émotions en travail social.

À cette fin, nous sollicitons des contributions, sous forme de travaux de recherche, de récits et de réflexions pratiques ou pédagogiques qui explorent les émotions dans la pratique, la recherche et/ou la formation. Nous souhaitons des contributions qui se penchent sur le rôle, l’utilisation et les finalités des émotions, mais aussi sur les critiques, les préoccupations ainsi que les limites éthiques, organisationnelles et professionnelles reliées aux émotions. Nous vous proposons trois grands axes :

  1. Conceptualiser les émotions dans le travail social, par exemple par des manifestations ou représentations culturelles, créatives, métaphoriques ou incarnées dans le corps (embodied),etc.
  2. Saisir les émotions dans le travail social : elles font quoi, pour qui et comment ?
  3. Mobiliser les émotions dans le travail social : appréhender leurs possibilités, leurs limites ainsi que les contextes qui leur sont propres.

Notre objectif est de découvrir la place accordée aux émotions et les tensions inhérentes à leur utilisation. Par ailleurs, les émotions liées au travail social s’inscrivent dans des contextes historiques, politiques et culturels spécifiques (Jaggar, 1989) qui gagneraient à être mis en lumière pour être mieux compris et mobilisés. Les dynamiques de pouvoir, réflexivité, dualité, mutualité, authenticité, réciprocité, reconnaissance, responsabilité de soi et éthique de soins sont quelques exemples de thèmes et de pistes qui pourraient également être explorés.

Date de tombée des résumés (350 mots maximum) : 16 novembre 2020
Date de tombée des articles : 5 avril 2021
Courriel : revue.intervention@otstcfq.org

Pour plus d’informations, vous pouvez communiquer avec :

Sarah Boucher Guèvremont, T.S, Rédactrice en chef
Téléphone : 514-731-3925, poste 251
Courriel : sbguevremont@otstcfq.org

ou

Sue-Ann MacDonald
Courriel : sueann.macdonald@umontreal.ca

Références :

Archer-Kuhn, B., Allen, D., Schweizer, L., Meghji, L. et A. Taiwo (2019). « The obscure nature of signature pedagogy in social work education: a Canadian perspective », Social Work Education, 1-16.
Alexander, C. et G. Charles (2009). « Caring, mutuality and reciprocity in social worker-client relationships. Rethinking principles in practice », Journal of Social Work, vol. 9, no 1, 5-22.
Baines, D. (2011). Doing anti-oppressive practice: Social justice social work, 2e éd., Halifax & Winnipeg : Fernwood Publishing.
Bellot, C., Bresson, M. et C. Jetté (2013). Le travail social et la nouvelle gestion publique, Québec : PUQ.
Bolton, S. et C. Boyd (2003). « Trolley dolly or skilled emotion manager? », Work, Employment and Society, vol. 17, no 2, 289-308.
Carignan, L. et M. Fourdrignier (2013). Pratiques réflexives et référentiels de compétences dans les formations sociales, Québec : PUQ.
Cook, L. (2017). « Making Sense of the Initial Home visit: The Role of Intuition in Child and Family Social Workers’ Assessments of Risk », Journal of Social Work Practice, 31(4):431-444.
Fédération internationale des travailleurs sociaux (2014). Définition globale du travail social, adoptée par l’Assemblée générale de la FITS et de l’Association internationale des écoles de travail social le 10 juillet 2014, https://www.ifsw.org/what-is-social-work/global-definition-of-social-work/
Gonin, A., Grenier, J. et J.-A. Lapierre (2013).  « La souffrance éthique au travail : l’éthique du care comme cadre d’analyse critique et comme prospective dans le champ de la santé et des services sociaux », Reflets, vol. 19, no 2, 85-110.
Grenier, J. et M. Bourque (2016). « Les politiques publiques et les pratiques managériales : impacts sur les pratiques du travail social, une profession à pratique prudentielle », Forum, vol. 1, no 147, 8-17.
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Hochschild, A. (1983). Le prix des sentiments. Au cœur du travail émotionnel, Paris : La Découverte. 
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Moesby-Jensen, C.K. et N.H. Nielsen (2015). « Emotional labor in social workers’ Practice »,  European Journal of Social Work, 18, 690–702. 
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Tronto, J. (1993). Moral boundaries: A political argument for an ethic of care, New York : Routledge.
Varone, F. et J.-M. Bonvin (2004). « Regards croisés sur la nouvelle gestion publique », Les politiques sociales, 1 et 2, 4-17.
Wayne, J., Raskin, M. et M. Bogo (2010). « Field education as the signature pedagogy of social work education », Journal of Social Work Education, vol. 46, no 3, 327-339.
Webb, S. A. (2006). Social work in a risk society : social and political perspectives, UK : Red Globe Press.


[1] Nous avons pris la décision de privilégier le féminin (travailleuse sociale, professionnelle, praticienne etc.) pour faciliter la lecture du texte.

[2] Il faut aussi mentionner que cette crise sociosanitaire a également mis en lumière les insuffisances de nos systèmes publics et privés, en particulier pour les plus vulnérables (par exemple, les personnes âgées et fragiles, les femmes victimes de violence conjugale ou les personnes en situation d’itinérance). Une crise mondiale comme celle-ci révèle et creuse les inégalités sociales, tout en faisant apparaître les lacunes désastreuses des politiques de gestion de la santé publique, qui sont fondées sur les attentes du système privé à but lucratif et qui prônent une réduction des coûts et la recherche de l’efficience, plutôt que l’importance des processus et de l’engagement humanitaire.


Call for Contributions, No. 154 (for publication in Fall 2021): Understanding, Capturing and Mobilizing Emotions in Social Work 


Under the direction of:

Sue-Ann MacDonald, Ph.D, Professor, School of Social Work, University of Montréal
Emmanuelle Khoury, S.W., Ph.D., Professor, School of Social Work, University of Montréal
Carolyne Grimard, Ph.D., Professor, School of Social Work, University of Montréal
Sophie Hamisultane, Ph.D., Professor, School of Social Work, University of Montréal
Rosemary Carlton, Ph.D., Professor, School of Social Work, University of Montréal

Where do emotions fit in?

“Thinking isn’t the only way of knowing; it isn’t the only form of intelligence” (Kabat-Zinn, 2020 – in response to the COVID-19 pandemic). In other words, deep knowledge engages the senses, emotions and a profound recognition of interdependence. However, many researchers agree that emotions have been sidelined by reasoning, with rationality considered to be more valuable in developing science-worthy knowledge (Gilligan, 1982; Jaggar, 1989; Nussbaum, 2015; Tronto, 1993).

Where social work is concerned, it also appears that this rational thinking has taken precedence to the detriment of emotional thinking. But let us not forget that social work is a discipline and a profession in which emotions play a role. A relational occupation (Ingram and Smith, 2018) rooted in compassion (Hughes, 2017), social work is committed to battling social injustice with the aim of producing social change and improving people’s well-being (International Federation Social Work, 2014). Furthermore, in their work, social workers apply their knowledge, know-how and people skills, which are developed, in part, by emotional processes. In this regard, Cook (2017) highlighted the important contribution of social workers’ intuition and emotions with respect to asking appropriate questions and embarking on the right track during an initial home visit, before producing a rational and factual report. Ruch (2005; 2012) further invites us to reconceptualize not only the people with whom we work but also ourselves as emotional beings with experiential knowledge informed by one’s respective complex and uncertain circumstances.

In the early 1980s, in her work The Managed Heart: Commercialization of Human Feeling, Arlie Hochschild attested that emotional work is at the heart of service relationships. Such work implies that emotions are malleable, that they are learned, and that they can be used in opportune moments to generate a desired atmosphere. Moesby-Jensen and Nielsen (2015) noted that while emotions are always key to professional work, they are handled differently depending on the practitioner, the mandate and the organizational culture of the practice environment. Their study suggests that the “emotional labour” of social workers can take three forms: shutting off their emotions both during and after a meeting; deferring emotions so as to integrate them following a meeting, or when a case “gets under your skin” and produces intense emotions. According to the authors, these three types of “emotional labour” can be positive or negative for practice.  Much like Ruch (2005; 2012), Moesby-Jensen and Nielsen bring up the importance of social workers engaging in reflexivity and having space for communicating and working on their emotions.

It is also important to bear in mind that social work practice takes form within specific contexts. It is not a linear activity that follows a predictable model producing expected results every time. Rather, social work practice teaches us to adapt our strategies, interventions and tools to constantly evolving social situations. Finally, being comfortable with an open non-linear process is invaluable for social workers in today’s practice, given the cornerstone of social work pedagogy being based on practical training (Archer-Kuhn Allen, Schweizer et al., 2019), knowledge emerging from practice, as well as reflective training (Carignan and Fourdrignier, 2013; Wayne, Raskin and Bogo, 2010).

However, this learning and these processes are sometimes limited or difficult to apply in the context of a practice increasingly focused on results and accountability rather than personal, professional or organizational paths (Khoury and Rodriguez del Barrio, 2015). Indeed, for more than a decade, we have witnessed the growth of strategies and rationalities derived from new public management (NPM) in every sector (health, social services or education, for example). At the heart of the NPM, is a recurrent discourse underlining the dysfunctionality and ineffectiveness of the State. To counter these inefficiencies, an emphasis has been placed on solutions based on accountability, cost reduction and empowerment (Jetté and Goyette, 2010; Varone and Bonvin, 2004). Such concentration on effectiveness and accountability impacts organizational priorities and orientations, promoting a standardization of social work practices more focused on risk management than responding to needs (MacDonald, Srikanthan, Ferrer et al., 2020). This technocratic and managerialist focus tends to create pressure to offer standardized solutions void of attention to the complexity of social circumstances and problems (Webb, 2006), including human emotions. Moreover, the deployment and use of quantitative decision-making tools reduce the possibility of taking account of the complexity of real-life situations and hinders the ability to conduct inductive and subjective analyses specific to the practice of social work (Hardy, 2017). Consider, for example, the computerized clinical pathway tools used in home support settings to identify the needs of users and to determine the level and nature of services to be provided. A further example is evidenced in the practice support system used by youth protection professionals to determine the degree of risk to a child signaled for concerns for abuse or neglect. 

Contemporary social work practice, research and training seem to have moved away from the importance of considering and taking account of emotions, focusing more on know-how based on a rationality that is increasingly constructed according to the model of evidence-based practices rather than on practitioners’ self-knowledge, experience and attitudes (e.g. authenticity, non-judgment, primacy of the bond of trust). 

At a time when social workers in community as well as institutional settings are being confronted  with budget cuts, workplace reorganizations, and ever-increasing workloads, they must now contend with increased pressure to produce results based on a standardization of technical practices (Baines, 2011; Bellot, Bresson and Jetté, 2013; Grenier and Bourque, 2016). To this end, Reamer (2013) notes that social work has entered an apolitical phase where technocratic or “worthless” orientations guide the practice of social work to the detriment of values rooted, for example, in anti-oppressive and empowering perspectives centred on empathy, dialogical meanings, interdependence and learner positions. It would seem to us that characteristics of social work practice and values related to the relevance of relationships, emotions and interdependence have come to be subjugated as they elude quantification processes based on reasoning and rationalities. 

Re-centring emotions in social work

Recent global chaos and crises, including climate change, mass migrations and affronts to the rights of indigenous peoples have demonstrated to some academics and practitioners that the role of emotions in social work practice, research and training is not merely important but essential. We need not look much further than the current pandemic (COVID-19) to realize the extent to which this global crisis, including the elevated death count in long-term care facilities here in Quebec, has given rise to a wave of new emotions among social workers. Whether it is fear, sadness, compassion or an increased attachment to our communities, the feeling of being together and interconnected through tragedy despite physical distance manifests itself in different ways.  In this regard, emotions cannot always be “worked” and “used” to produce a specific situation (Bolton and Boyd, 2003). With the pandemic, we have witnessed a general demonstration of the role of emotions in mobilizing commitment and transformation as well as a place for communicating emergencies, injustices or paralyzing situations[1]. Could we possibly be facing a paradigm shift leading to the foregrounding of  emotions, love, reciprocity and interconnectivity? 

The purpose of this themed issue is to bring emotions back to the centre of practice, research and training, so as pave the way to greater knowledge and, most importantly, to recover the singular place that emotions hold in social work, a place that is increasingly overlooked and relegated to secondary status. This themed issue seeks to rethink the place and role of emotions in social work; to better understand, capture and mobilize emotions while reflecting on the tensions and limitations of their presence in social work practice. More specifically, we are interested in the place accorded to emotions in all spheres of social work such as affective relationships and relationship-building (Ruch, 2012) between social workers and the individuals or communities with whom they work; between students training in social work, including clinical supervision (Ingram, 2013); and between  research actors (participants and researchers) (MacDonald, 2016). Considerations of power relations in relationships, ethics and care, reflexivity and mutuality are promising pathways for understanding the “emotional labour” included in the practice of social work (Gonin, Grenier and Lapierre, 2013), as well as for better grasping the role that our emotional knowledge plays in the development of our professional identity or in our intervention or research choices (MacDonald, Roebuck and Benjamin 2018). A recognition of interdependence and reciprocity in relationships (Alexander and Charles, 2013; O’Leary, Tsui and Ruch, 2013) as well as compassionate care and mutual sharing of knowledge (Hughes, 2017) also open up interesting avenues for rethinking the place accorded to emotions in social work.  

To this end, we are seeking contributions in the form of research papers, stories and practical or pedagogical reflections that explore emotions in social work practice, research and/or training. We invite contributions that address the role, use and purpose of emotions as well as those that address the criticisms, concerns, and ethical, organizational and professional boundaries related to emotions. We propose the following three major axes: 

  1. Conceptualization of emotions in social work through, for example, cultural, creative, metaphoric or embodied manifestations or representations, etc.  
  2. Use of emotions in social work: what do they do, for whom, and to what effect?
  3. Mobilization of emotions in social work: grasp their possibilities, limits and well as inherent contexts. 

Our objective is to discover the place given to emotions in social work practice, research and training and reveal tensions inherent to their use. Furthermore, we hope to gain a better understanding of the specific historic, political and cultural contexts within which emotions (Jaggar, 1989) related to social work emerge are mobilized. The dynamics of power, reflexivity, duality, mutuality, authenticity, reciprocity, recognition, self-responsibility and the ethics of care are a few examples of the themes and avenues that could also be explored.  

Deadline for abstracts (max. 350 words): November 16, 2020
Deadline for articles: April 5, 2021
Email: revue.intervention@otstcfq.org

For further information, please contact

Sarah Boucher Guèvremont, T.S, Rédactrice en chef
Téléphone : 514-731-3925, poste 251
Email : sbguevremont@otstcfq.org

or

Sue-Ann MacDonald
Email: sueann.macdonald@umontreal.ca

Bibliography:

Archer-Kuhn, B., Allen, D., Schweizer, L., Meghji, L. and A. Taiwo (2019). “The obscure nature of signature pedagogy in social work education: a Canadian perspective”, Social Work Education, 1-16.
Alexander, C. and G. Charles (2009). “Caring, mutuality and reciprocity in social worker-client relationships. Rethinking principles in practice”, Journal of Social Work, vol. 9, no. 1, 5-22.
Baines, D. (2011). Doing anti-oppressive practice: Social justice social work,2nd ed., Halifax & Winnipeg: Fernwood Publishing.
Bellot, C., Bresson, M. and C. Jetté (2013). Le travail social et la nouvelle gestion publique, Québec : PUQ.
Bolton, S. and C. Boyd (2003). “Trolley dolly or skilled emotion manager?”, Work, Employment and Society, vol. 17, no. 2, 289-308.
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[1] It should also be mentioned that this social and health crisis has showcased the inadequacies of our public and private systems, particularly for the most vulnerable (ex: the elderly, the fragile, female victims of domestic violence or the homeless). A global crisis of this nature reveals and deepens social inequalities while spotlighting the disastrous shortcomings of public health management policies, which are founded on the expectations of a private for-profit system and promote cost reduction and efficiency over the importance of humanitarian processes and commitment.