Numéro 154

Émotions et intervention sociale : naviguer entre valeurs, éthique et techno-bureaucratie

RÉSUMÉ :

En travail social, les émotions ont une place dans la profession : elles sont encadrées pour limiter leurs manifestations dans la relation entre le professionnel et le bénéficiaire. Or, les émotions ont tendance à disparaître dans la manifestation scientifique (recherche) ou politique (analyse des politiques sociales) de cette discipline. Avec la rationalité gestionnaire et les nouvelles pratiques de management (Bellot, Bresson et Jetté, 2013), les émotions n’ont de toute façon que très peu de place dans les prises de décisions qui se veulent objectives, neutres et égalitaires envers toutes les personnes bénéficiaires. Notre article soulève diverses questions : comment la capacité d’agir des intervenants sociaux est-elle influencée par la difficulté de la prise en compte des émotions? Sommes-nous face à un possible changement de paradigme où la techno-bureaucratie, comme champ d’application des décisions politiques, est arrivée à l’une de ses limites dans le champ de l’intervention sociale? À partir d’exemples de pratiques de trois enquêtes menées par les autrices où la question des émotions s’est avérée centrale dans les interventions, mais n’a pu être prise en compte, nous verrons comment les émotions dans les interventions sociales se butent aux normes professionnelles et managériales. 

MOTS-CLÉS :

Émotions, intervention sociale, pratiques, politiques

ABSTRACT:

Emotions have a place in the social work profession: they are «considered, controlled, and managed» to limit their manifestations in the relationship between the professional and the service user. Emotions tend to disappear in the scientific (research) or political (analysis of social policies) manifestation of the discipline. The advent of new managerial practices (Bellot, Bresson & Jetté, 2013) has further sidelined the role of emotions, as decision-making processes are built upon a rationale that promotes objectivity, neutrality and egalitarianism towards service users. Our article raises several questions with regards to the place of emotions: How is social workers’ ability to act limited or affected by the lack of recognition of emotions? Are we facing a possible paradigm shift where technobureaucracy as the field of application of political decisions has reached one of its limits in the field of social intervention? Based on practice examples from three surveys conducted by the authors where the question of emotions was central to the interventions, but could not be taken into account, we will see how emotions in social intervention come up against professional and managerial norms.

KEYWORDS:

Emotions, social intervention, practice, politics